Publié le 22 septembre 2026 à 21h01 - Dernière mise à jour le 22 septembre 2026 à 21h01
Ce lundi 21 septembre, le tribunal administratif de Marseille a examiné en référé une demande de RTE contre sept agriculteurs des Bouches-du-Rhône et du Gard, tous opposés au projet de ligne aérienne à très haute tension entre Jonquières-Saint-Vincent et Fos-sur-Mer. L’audience s’est conclue par l’acceptation, par les deux parties, d’une médiation d’environ trois mois. Une tentative de dialogue dans un dossier qui cristallise depuis des mois les oppositions en Camargue et dans la Crau.

Une procédure d’urgence engagée par RTE
Le gestionnaire du réseau de transport d’électricité avait saisi la justice en référé afin de contraindre sept exploitants -riziculteurs, éleveurs, vignerons- à laisser ses experts pénétrer sur leurs terres pour y mener des études écologiques préalables au projet. RTE réclamait une injonction sous astreinte de 500 euros par jour et demandait également que les propriétaires ne puissent pas s’approcher à moins de 100 mètres des agents mandatés, invoquant des intimidations. De leur côté, les agriculteurs ont dénoncé une tentative de l’opérateur d’utiliser la justice pour faire pression sur leur mouvement d’opposition par la menace de lourdes sanctions financières.
Un doute sur l’urgence
Au cours des débats, le magistrat a laissé entendre qu’il n’était pas convaincu du caractère d’urgence de la requête de RTE. Mais plutôt que de s’en tenir à l’affrontement judiciaire, il a proposé aux parties d’engager une médiation d’environ trois mois, confiée à un autre magistrat, en précisant que celle-ci n’avait pas vocation à faire perdre du temps au projet. Après une brève concertation, les agriculteurs ont accepté. L’avocat de RTE, d’abord réticent en invoquant le calendrier fixé par l’État pour la décarbonation de la zone industrialo-portuaire de Fos, s’est finalement déclaré « pas opposé » à la médiation.
Une première défaite de RTE
À l’issue de l’audience, Me Louis Cofflard, avocat des sept agriculteurs, a salué une victoire d’étape : « C’est une première défaite de RTE. Avec cette médiation, c’est un dialogue qui se noue. » RTE a pour sa part pris acte de l’ouverture de cette médiation, alors que le calendrier du projet demeure particulièrement serré.
Un apaisement pour le monde économique
Cette médiation ouvre en tout cas une nouvelle séquence dans un dossier jusqu’ici marqué par une forte confrontation. Pour les acteurs économiques de la région, elle peut aussi permettre de renouer le dialogue. « C’est un signe d’apaisement et d’ouverture », estime auprès de Destimed Pascal Kuhn, président de l’UIMM. « C’est une recherche de compromis et de dialogue. J’étais à Arles lors de la mobilisation des élus et opposants à la ligne THT le week-end dernier. Je n’ai pas entendu que des avis négatifs. Ce que veulent les élus et les populations, c’est être associés au projet et surtout avoir des retombées économiques positives pour la zone Argence-Crau-Camargue. Pas juste des pylônes. »
Un projet toujours très contesté
Le projet porté par RTE prévoit la création d’une ligne aérienne à très haute tension de 400 000 volts, à double circuit, sur environ 65 kilomètres entre le poste de Jonquières-Saint-Vincent, dans le Gard, et celui de Feuillane, à Fos-sur-Mer. Dans sa configuration actuelle, RTE annonce 145 pylônes, généralement hauts de 40 à 60 mètres, hors traversée du Rhône. Le tracé traverse un territoire agricole et naturel particulièrement sensible.
RTE assure avoir cherché à éviter les espaces naturels les plus sensibles, notamment les Marais du Vigueirat, et indique qu’environ 25 kilomètres du tracé se situent dans la partie nord agricole du Parc naturel régional de Camargue, hors zone centrale de la réserve de biosphère. Les opposants contestent cependant l’impact environnemental et agricole du projet et réclament l’étude d’alternatives à la ligne aérienne. RTE s’est également engagé à supprimer trois pylônes de tension inférieure pour chaque nouveau pylône THT construit dans le cadre de son programme d’électrification du territoire.
L’audience du tribunal administratif est intervenue deux jours après une importante mobilisation au théâtre antique d’Arles. Selon la Ville, quelque 2 500 personnes et une centaine d’élus s’y sont retrouvés pour manifester leur opposition au projet aérien et demander que d’autres solutions soient étudiées. La médiation ne règle donc pas le conflit autour de la future ligne THT. Mais, pour la première fois depuis longtemps, adversaires du projet et RTE vont devoir se retrouver autour d’une même table.
Joël BARCY
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