Publié le 3 mai 2026 à 8h46 - Dernière mise à jour le 3 mai 2026 à 8h46
À La Criée, dans le cadre de Marseille Concerts, la soirée consacrée à « Dvořák en Amérique » a proposé bien plus qu’un concert : une traversée musicale entre Europe et Nouveau Monde, portée par des interprètes de haut niveau et les éclairages sensibles d’Olivier Bellamy.

Il y a des soirées qui dépassent le simple cadre du concert. À La Criée, « Dvořák en Amérique » s’est imposé comme un véritable voyage artistique, entre deux continents, deux cultures et deux imaginaires.
Guidée par Olivier Bellamy, dont la parole mêle érudition et sensibilité, la soirée retrace un moment charnière de la vie du compositeur tchèque. En 1892, Dvořák quitte l’Europe pour les États-Unis. Un départ fondateur. Il y découvre une société nouvelle, des paysages inconnus, mais surtout des musiques qui vont profondément transformer son écriture.
Durant ces années américaines naissent certaines de ses œuvres majeures : la Symphonie « Du Nouveau Monde », le Quatuor « Américain » ou encore le Concerto pour violoncelle. Des partitions traversées par une tension constante entre l’éloignement et la mémoire.
« La musique américaine doit s’inspirer des chants noirs et des mélodies indiennes », déclarait-il en 1893. Une intuition qui n’est pas restée théorique. Elle s’entend dans sa musique, dans les inflexions mélodiques, dans les rythmes, dans cette capacité à faire naître une émotion immédiate. Chez Dvořák, la musique ne se cache pas. Elle est directe, chantante, profondément humaine. Olivier Bellamy le rappelle avec justesse : les thèmes semblent surgir comme des évidences, tout en reposant sur une construction d’une grande précision.
Mais au-delà de l’analyse, c’est aussi l’homme que le conférencier fait apparaître. Un homme traversé par les joies et les deuils, partagé entre attachement à sa terre natale et fascination pour un monde nouveau. La musique devient alors une narration sensible, presque cinématographique.
Autour de cette lecture, les interprètes donnent corps à ce voyage. La soprano Inna Kalugina, le pianiste Sélim Mazari, ainsi que les musiciens Cyprien Brod, Charlotte Chahuneau, Issey Nadaud et Caroline Sypniewski portent avec finesse et engagement les différentes œuvres du programme.
Parmi les moments marquants, le « Chant à la lune » extrait de Rusalka suspend le temps. Plus qu’un air, c’est une confidence. La ligne mélodique, simple et presque immobile, semble flotter, portée par une émotion retenue. La voix s’élève avec délicatesse, sans effet spectaculaire, dans une recherche de pureté.
Autre sommet, le Largo de la Symphonie « Du Nouveau Monde » déploie toute sa profondeur. Une musique à la fois ample et intime, où se mêlent l’immensité des paysages américains et la nostalgie de la terre natale.
Au fil de la soirée, les œuvres dialoguent entre elles, se répondent, prolongent une même idée : celle d’un lien entre les cultures. Entre Europe et Amérique, entre tradition et modernité, Dvořák compose une musique du passage.
Un concert qui, au-delà de l’interprétation, devient une véritable expérience sensible. Une ode à la musique comme langage universel.
Jean-Rémi BARLAND



