Nuit de violences dans le centre-ville. Commerçants et habitants sous le choc : Marseille break down

Publié le 1 juillet 2023 à  18h28 - Dernière mise à  jour le 1 août 2023 à  14h12

« C’est un cimetière géant qu’on découvre ce matin», annonce d’emblée Dzovig qui manage une boutique près de l’opéra. Rares sont les commerçants qui acceptent de parler après cette nuit de violences. Trop abattus, trop en colère et comme groggy par cette nuit inimaginable.

Nuit de violence à Marseille
vitrine brisée, magasin pillé dans le centre-ville de Marseille (Photo Joël Barcy)

« C’est toute une vie perdue en une nuit »

 

Les habitants du centre-ville n’en reviennent pas encore. «C’est une catastrophe, c’est un désastre, c’est une horreur», s’indigne Marilyne , «c’est perturbant, c’est horrible c’est inexplicable. Tout casser gratuitement pour rien. J’ai peur que ça se reproduise». Véronique est opticienne, elle est triste :«C’est 50 ans de travail anéantis. Ce ne sont pas que des paires de lunettes de soleil qu’ils ont piquées, c’est toute une vie». Mounir lui ne comprend pas qu’on s’en soit pris à son magasin de déstockage alimentaire «C’est un sentiment de dégoût, c’était notre bébé, c’est notre affaire d’amour. On s’est battus depuis le Covid pour la remonter. Ça doit pas se faire, on est dans la jungle. C’est une guerre sans fin». Marie-Ange qui n’a pas souhaité apparaître à l’image estime qu’«il faut que la mère de Nahel dise d’arrêter tout ça».

« On s’interroge »

Émeute à Marseille
(Photo Joël Barcy)

Les commerçants du centre-ville sont trop abattus pour crier leur colère mais ils s’interrogent. «Pourquoi des troupes de jeunes ont pu rester six heures au cœur de Marseille», note Alexandre dont la boutique a été dépouillée. « Quand le Président est venu on réussissait, et c’est normal, à tout bloquer. Là on sait ça depuis hier midi que ça va être le bazar et où, je me demande si tout a été fait». Dzovig partage aussi ce sentiment sur un manque d’anticipation des autorités et d’action. «Quand il y avait les manifestations des gilets jaunes on nous avertissait, on nous disait de nous barricader. Là rien, je suis écœurée». Résultat des dizaines de boutiques ont été saccagées sans que rien ne se passe vraiment. Seule la rue Grignan -et ses grandes marques de luxe, Vuitton, Hermès, Rolex, Montblanc- a été bizarrement épargnée. Au-delà des pertes les commerçants ruminent une question : pourquoi ? Pourquoi tant de haine et de violence ? Pourquoi ces pillages en série ? Quel est le lien avec Nahel ? C’est le cas de Denis le frère du gérant de «Time after time». «Quand je vois l’état de la boutique de mon frère je suis touché. On est issus des quartiers « chauds » de la Sauvagère (Sud de Marseille). Il s’est fait tout seul, a acheté cette boutique pour faire vivre sa famille et là on lui a cassé son outil de travail».

Les plaies de ce 1er juillet seront difficiles à cicatriser tant ces vols massifs et dégradations ont laissé des traces dans les magasins et dans les têtes.
Reportage Joël BARCY

 

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