Publié le 16 octobre 2026 à 21h28 - Dernière mise à jour le 16 octobre 2026 à 21h28
Jusqu’au 18 octobre au Théâtre de la Tempête à Paris, Clément Poirée propose une pièce d’après « Le Procès » de Franz Kafka et d’autres de ses écrits. Un fascinant spectacle de visions entre veille et sommeil.

Le matin de son trentième anniversaire, Josef K. se réveille en sursaut. Deux gardiens viennent l’arrêter dans sa chambre alors qu’il part travailler. De quoi est-il coupable ? Qui l’accuse ? Quelle est cette loi invisible et implacable qui ne se laisse pas appréhender ? Les questions fusent, vertigineuses, à la démesure de cette vie sans histoire tout à coup percutée par l’extraordinaire. K. se débat, clame son innocence face à une machine administrative tentaculaire et incommensurable. Qui est coupable, celui qui décide ou celui qui accepte sa culpabilité ?
Autant de questions structurant « Josef K. », la pièce de Clément Poirée que l’on peut voir au Théâtre de la Tempête. Sur scène, un joyeux foutoir, organisé et agencé avec des éclats de bonheur portés par des comédiens vertigineux, dont l’exceptionnel Pascal Cesari dans le rôle de Josef. « Notre spectacle, précise Clément Poirée, s’immerge dans l’œuvre de Kafka en croisant, d’une part, le récit du « Procès » et, d’autre part, les nombreux souvenirs et les visions oniriques dont il a peuplé son journal. »
Œuvre inachevée qui est comme un matériau, un puzzle, « Le Procès », aventure littéraire inouïe qui a donné lieu au chef-d’œuvre cinématographique d’Orson Welles, se trouve mêlé ici à une plongée dans les différents modes d’expression de Kafka. Et au final, nous voilà en présence d’un spectacle de visions entre veille et sommeil. Le plateau donne à voir concrètement l’idée de ce labyrinthe à la fois physique et spirituel dans lequel Josef K. se perd, avec des éléments sans cesse mobiles qui, comme le dit Clément Poirée, « se décomposent, se recomposent et communiquent ensemble ; comme si les murs de la chambre se transformaient pour créer de nouveaux espaces, avant de finalement se refermer sur lui et son épopée immobile et absurde ».
« Le théâtre n’est jamais aussi fort que lorsqu’il se fait périscope de l’âme »

Fort d’un épilogue différent de celui du film, mais qui en garde toute la violence, cette aventure du Procès, où l’on retrouve toutes les obsessions de K., ses fantasmes, ses désirs et ses peurs, offre à voir des personnages palpables, singuliers et inoubliables de densité, comme une avocate, une voisine, un juge d’instruction, des flics inquiétants. Clément Poirée, conscient que parfois « le malheur de la question, c’est la réponse », n’explique pas tout, laissant au spectateur le soin de se faire son propre film et surtout son propre jugement.
Suivant l’idée défendue par Kafka du plateau de théâtre, qui se résumait ainsi : « Le théâtre n’est jamais aussi fort que lorsqu’il se fait périscope de l’âme », Clément Poirée scrute les âmes, observe les comportements, éprouve empathie et fascination pour les comportements des protagonistes, nous perd pour mieux nous retrouver. Et les interprètes trouvent ici souffle et génie, dans un magnifique travail choral où la musique signée Stéphanie Gibert, la danse et les arts du cirque s’entremêlent dans une fête à la fois sombre, lumineuse et joyeuse. Du grand art !
Jean-Rémi BARLAND
« Josef K. » au Théâtre de la Tempête, Cartoucherie, route du Champ-de-Manœuvre, 75012 Paris, jusqu’au 18 octobre. Vendredi et samedi à 20 heures. Dimanche à 16 heures. Informations et réservations sur la-tempete.fr.



