Présidentielle 2027. Natacha Polony quitte le commentaire politique pour entrer dans l’arène

Publié le 16 octobre 2026 à 21h44 - Dernière mise à jour le 16 octobre 2026 à 21h44

La journaliste et essayiste Natacha Polony a officialisé, mercredi 14 octobre, sa candidature à l’élection présidentielle de 2027. Avec son mouvement « Nous sommes la France », l’ancienne directrice de la rédaction de Marianne entend bousculer les équilibres politiques et rassembler ceux qu’elle appelle les « orphelins de la politique ». Une candidature souverainiste qui ambitionne de dépasser les clivages traditionnels, mais qui devra encore trouver sa place dans une compétition déjà très encombrée.

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Natacha Polony a officialisé, mercredi 14 octobre, sa candidature à l’élection présidentielle de 2027 © Joël Barcy

« La situation m’oblige. » C’est par ces mots que Natacha Polony a justifié, mercredi matin sur France Inter, sa décision de se présenter à l’élection présidentielle de 2027. À 51 ans, la journaliste et essayiste franchit une étape importante dans un parcours marqué par ses prises de position sur l’école, la République, la souveraineté nationale et le déclin industriel français.

Elle entend « perturber le jeu politique » et rassembler les Français qui ne se reconnaissent plus dans les formations politiques traditionnelles. Elle décrit un pays confronté simultanément à une crise économique, à une dette publique préoccupante, à des tensions sociales et à une instabilité internationale croissante. Mais au-delà du constat, largement partagé dans le débat public, c’est désormais sur les réponses qu’elle entend apporter que sa candidature sera jugée.

Une souverainiste qui refuse les frontières politiques traditionnelles

Natacha Polony revendique un souverainisme d’inspiration républicaine, attaché à l’indépendance nationale, à la production française et à la transmission des savoirs. Une orientation qui emprunte autant à la tradition chevènementiste qu’à une critique du libéralisme économique. Son engagement politique n’est d’ailleurs pas totalement nouveau. En 2002, elle s’était présentée aux élections législatives à Paris dans le sillage de Jean-Pierre Chevènement. Elle avait ensuite poursuivi sa carrière dans le journalisme, notamment au Figaro, à Marianne et à la télévision, où elle s’était fait connaître du grand public dans l’émission « On n’est pas couché ».

Aujourd’hui, elle cherche à se démarquer aussi bien du macronisme que du Rassemblement national et de La France insoumise. Elle considère que les oppositions qui structurent actuellement la vie politique ne répondent plus aux attentes d’une partie des Français. Cette volonté de dépasser les clivages constitue toutefois un défi. Car dénoncer l’épuisement du système partisan ne suffit pas à construire une coalition électorale capable de réunir des sensibilités parfois profondément divergentes.

La production française au cœur de son projet

Sur le terrain économique, Natacha Polony défend une politique de réindustrialisation et de souveraineté productive. Elle propose notamment de donner la priorité à la production française dans la commande publique et de conditionner les aides accordées aux entreprises à leur activité de production sur le territoire national. Elle souhaite ainsi recréer de l’activité, renforcer l’indépendance économique du pays et dégager de nouvelles ressources publiques. Cette orientation soulève néanmoins plusieurs questions, notamment sur sa compatibilité avec les règles européennes de concurrence et de marchés publics, ainsi que sur ses conséquences pour les entreprises intégrées aux chaînes de production internationales.

L’agriculture occupe également une place importante dans ses premières interventions de campagne. Présente au Sommet de l’élevage de Cournon-d’Auvergne le 8 octobre, elle a défendu la souveraineté alimentaire, une meilleure rémunération des agriculteurs et la protection des productions françaises contre certaines formes de concurrence internationale. Elle préconise également de renforcer la traçabilité des produits importés et de développer une gestion de l’eau permettant d’anticiper les conséquences du changement climatique.

De la critique du pouvoir à l’exercice de la responsabilité

Le passage du journalisme à la politique n’est pas inédit. Mais il impose un changement de position radical. Celle qui analysait les décisions des gouvernements devra désormais expliquer comment elle entend gouverner, arbitrer entre des intérêts contradictoires et financer ses engagements. Son mouvement « Nous sommes la France », lancé en septembre, entend s’appuyer sur une démarche participative, avec des comités locaux et des cahiers de doléances destinés à recueillir les préoccupations des citoyens. Natacha Polony revendique déjà 60 000 soutiens. Un chiffre avancé par la candidate qui ne permet cependant pas, à lui seul, de mesurer son audience électorale. Reste également l’obstacle institutionnel des 500 parrainages d’élus nécessaires pour figurer sur la liste officielle des candidats. Interrogée sur France Inter, elle n’a pas précisé combien de promesses de parrainage elle avait obtenues.

Une candidature de plus dans un paysage politique fragmenté

À quelques mois de l’élection présidentielle, les déclarations de candidature se multiplient. Cette profusion traduit à la fois la fragmentation de la vie politique française et les difficultés des différentes formations à construire des rassemblements durables. Natacha Polony cherche à faire entendre un souverainisme républicain associant protection économique, attachement à l’école et indépendance nationale, une sensibilité qu’elle juge insuffisamment représentée dans le paysage politique français.  Reste à savoir comment cette orientation se traduira en propositions détaillées, notamment sur les finances publiques, l’Europe, les institutions et les questions sociales. En quittant le rôle d’observatrice pour celui de candidate, Natacha Polony change de registre. Ses analyses, longtemps soumises au débat médiatique, devront désormais se confronter aux exigences de l’action politique. Et c’est sans doute là que commence, pour elle, la véritable épreuve.

Patricia CAIRE 

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