Présidentielle 2027. Face aux patrons, sept candidats dévoilent leurs fractures économiques

Publié le 27 août 2026 à 22h06 - Dernière mise à jour le 27 août 2026 à 22h06

Dette, retraites, réindustrialisation, coût du travail, normes, fiscalité : trois heures durant, les sept principaux candidats déclarés à la présidentielle ont confronté ce jeudi 27 août leurs projets économiques devant les chefs d’entreprise réunis par le Medef à Roland-Garros. Un premier grand débat qui a surtout permis de mesurer l’étendue des divergences sur la manière de redresser les comptes et de relancer l’économie française.

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Les sept candidats déclarés à la présidentielle 2027 lors du premier grand débat économique organisé par le Medef à Roland-Garros, ce jeudi 27 août. © Capture d’écran LCI

La campagne présidentielle a véritablement commencé à parler économie. Sur le court central de Roland-Garros, Marine Le Pen (Rassemblement national), Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise), Édouard Philippe (Horizons), Gabriel Attal (Renaissance), Raphaël Glucksmann (Place publique), Bruno Retailleau (Les Républicains) et Marine Tondelier (Les Écologistes) ont répondu aux questions de cinq chefs d’entreprise. Pas encore de confrontation générale sur tous les sujets qui traverseront la présidentielle, mais un grand oral économique suffisamment dense pour dessiner des lignes de fracture qui devraient accompagner la campagne jusqu’en 2027.

Dette : réduire la dépense, changer les règles ou faire payer autrement

Premier terrain d’affrontement : une dette publique dont personne ne conteste le poids, mais pour laquelle chacun propose un remède différent. Jean-Luc Mélenchon veut supprimer les aides aux entreprises dépourvues de contreparties et remet sur la table son projet d’annulation d’une partie de la dette française détenue par la Banque centrale européenne. Une proposition qui a immédiatement fait réagir Édouard Philippe : « Vous expliquez qu’on va brûler la dette et vous allez faire en sorte que la France finisse interdit bancaire », lui a lancé l’ancien Premier ministre, qui privilégie notamment une réduction de la dépense sociale. Marine Le Pen estime pour sa part que « l’État doit baisser drastiquement son train de vie » et annonce pour l’automne un plan de 125 milliards d’euros d’économies. Bruno Retailleau va plus loin sur la fonction publique en avançant la suppression de 250 000 à 300 000 postes. Pour le président des Républicains, impossible par ailleurs de résoudre la question de la dette sans s’attaquer à celle des retraites.

Retraites : travailler plus ou revenir sur la réforme

C’est sans doute sur les retraites que les divergences apparaissent le plus clairement. Édouard Philippe assume sa ligne : les Français vont devoir « travailler plus » et donc partir plus tard, sans qu’il fixe pour l’heure un nouvel âge de départ. Gabriel Attal considère lui aussi nécessaire de modifier le système, mais introduit une idée appelée à nourrir le débat : développer une part de capitalisation. Bruno Retailleau propose quant à lui de faire évoluer l’âge de départ en fonction de l’espérance de vie, tandis que Marine Le Pen promet un départ à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler effectivement avant 20 ans, avec à terme 42 années de cotisations et un âge légal fixé à 62 ans. À gauche, le mouvement est inverse. Raphaël Glucksmann veut abroger une réforme qu’il juge « injuste » et construire un nouveau dispositif prenant davantage en compte la pénibilité. Marine Tondelier réclame elle aussi son abrogation. Jean-Luc Mélenchon promet un retour dans un premier temps à 62 ans, avec l’objectif de revenir ensuite à 60 ans.

Réindustrialisation : tout le monde la veut, personne par le même chemin

S’il existe un mot autour duquel les candidats peuvent se retrouver, c’est celui de réindustrialisation. Mais l’accord s’arrête rapidement là. Gabriel Attal cible la longueur des procédures et veut modifier la Constitution pour limiter à 18 mois les possibilités de recours contre un projet industriel. Bruno Retailleau s’attaque plus directement encore aux normes et propose d’abroger le principe de précaution, qu’il qualifie de « principe de blocage et d’inaction ». Marine Le Pen dénonce elle aussi des « listes infinies de normes inutiles » et propose un « choc de compétitivité fiscale », accompagné d’une commande publique davantage orientée vers les entreprises produisant sur le territoire français. Édouard Philippe place pour sa part la compétitivité au premier rang, avec la stabilité, la formation, l’apprentissage et les infrastructures. À gauche, les réponses changent de nature. Jean-Luc Mélenchon défend une planification économique et cite plusieurs secteurs susceptibles d’être développés, du textile à la filière bois en passant par l’industrie de la mer. Raphaël Glucksmann appelle à lancer un « projet Manhattan » sur l’intelligence artificielle, tandis que Marine Tondelier défend le protectionnisme européen et une action sur le coût de l’énergie.

Coût du travail ou pouvoir d’achat ?

Autre fracture majeure : ce que représente le travail, selon que l’on regarde les charges de l’entreprise ou le revenu du salarié. Gabriel Attal promet de revenir sur les hausses du coût du travail intervenues depuis 2024. Édouard Philippe veut rapprocher le brut du net en contenant notamment la dépense sociale et en évitant que le financement de la protection sociale repose essentiellement sur le travail. Bruno Retailleau estime que le système français « surtaxe le travail » et propose 40 milliards d’euros d’allégements de cotisations sociales. À gauche, Jean-Luc Mélenchon prend le problème dans l’autre sens. Il demande une augmentation des salaires et du Smic, avec cet avertissement lancé aux patrons : « Si vous n’augmentez pas les salaires, vous ne rigolerez pas longtemps, vous aurez la récession. » Raphaël Glucksmann veut également augmenter les salaires sans dégrader les comptes sociaux. Il propose notamment de diminuer la CSG sur les salaires et d’aller chercher de nouvelles recettes du côté des très gros héritages. Marine Tondelier refuse quant à elle de ne considérer le travail que comme une charge pour l’entreprise : son coût représente aussi le revenu et le pouvoir d’achat des salariés. Les Écologistes défendront ainsi un Smic à 2 000 euros brut.

Simplifier, mais jusqu’où ?

Sur la simplification administrative, presque tout le monde s’accorde sur le diagnostic, beaucoup moins sur le remède. Marine Tondelier pose un principe : l’État ne devrait jamais demander à une entreprise une information qu’il possède déjà. Bruno Retailleau veut supprimer une centaine de normes, Marine Le Pen parle de milliers et Édouard Philippe souhaite notamment interdire la surtransposition des normes européennes. Raphaël Glucksmann préfère s’interroger sur l’utilité des règles plutôt que de fixer un objectif quantitatif et propose un guichet unique pour les projets. Jean-Luc Mélenchon se singularise en refusant le principe même d’une suppression générale des normes : certaines sont nécessaires, défend-il, notamment lorsqu’elles protègent la santé.

Et derrière l’économie, déjà deux visions de la société

Même le très technique pacte Dutreil, destiné à faciliter fiscalement la transmission familiale des entreprises, a fait apparaître les divergences. Édouard Philippe et Bruno Retailleau ne veulent pas y toucher. Marine Le Pen souhaite conditionner son bénéfice au maintien de la production en France pendant au moins dix ans. Marine Tondelier veut le réformer pour éviter qu’il ne devienne un outil d’optimisation fiscale. Jean-Luc Mélenchon, lui, a résumé sa conception de l’impôt en trois mots : « Tout le monde paye ».

Au terme de ces trois heures, le premier grand rendez-vous de la présidentielle n’aura donc pas fait émerger de recette commune. Il aura en revanche posé une question qui devrait traverser toute la campagne : sur qui doit reposer l’effort nécessaire au redressement du pays ? Réduction massive des dépenses publiques et sociales, recul de l’âge de la retraite et baisse des cotisations pour les uns ; hausse des salaires, fiscalité plus redistributive, planification ou protection économique européenne pour les autres. Entre ces deux pôles se dessinent plusieurs voies intermédiaires.

Le débat organisé par le Medef devait permettre aux entrepreneurs de connaître les projets des candidats. Il aura surtout donné un premier aperçu des choix de société qui se cachent derrière leurs programmes économiques.

Patricia CAIRE

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