Tribune de Mohamed Laqhila : « Jamais les extrêmes »

Publié le 30 octobre 2026 à 21h26 - Dernière mise à jour le 30 octobre 2026 à 21h27

Pour une grande primaire ouverte à tous les Français, de la gauche raisonnable à la droite fréquentable

Mohamed Laqhila, ancien député des Bouches-du-Rhône © archives Destimed/RP
Mohamed Laqhila, ancien député des Bouches-du-Rhône © archives Destimed/RP

Il est des moments où un pays doit choisir entre la commodité et le courage. Nous y sommes. À six mois de l’élection présidentielle, chacun le sait, chacun le dit à voix basse, et pourtant presque personne n’en tire les conséquences : si le camp républicain se présente divisé au premier tour, il offrira au second une affiche que la France n’a jamais méritée — un duel entre l’extrême droite et l’extrême gauche. Cette perspective n’est plus une hypothèse d’école. Elle est inscrite dans les sondages, dans la fatigue démocratique, dans la colère sociale que certains attisent avec méthode. Face à elle, je ne me résous ni à la résignation ni au calcul. Je dis simplement, et je le dirai jusqu’au bout : jamais les extrêmes.

Le constat : l’émiettement est une faute

Les chiffres sont têtus. Les candidats du centre et de la droite républicaine se tiennent aujourd’hui dans un mouchoir de poche, chacun persuadé de disposer d’une avance décisive, aucun n’étant assuré de franchir le premier tour. À gauche, une sensibilité sociale-démocrate sincère, attachée à l’Europe et à l’économie de marché, cherche son chemin sans vouloir se soumettre à la radicalité.

Addition de talents, soustraction de voix : voilà l’équation absurde dans laquelle nous nous enfermons. Chacun attend que l’autre renonce. Chacun espère que le printemps tranchera à sa place. Mais une élection présidentielle ne se gagne pas en comptant sur l’abstention de son voisin. Elle se gagne en rassemblant.

J’ai siégé sept ans à l’Assemblée nationale. J’y ai vu de près ce que produisent les extrêmes lorsqu’ils approchent du pouvoir : des promesses sans financement, des boucs émissaires à la place des solutions, la défiance érigée en programme. J’y ai vu aussi ce que peuvent accomplir des femmes et des hommes de sensibilités différentes lorsqu’ils acceptent de travailler ensemble sur l’essentiel : les comptes publics, l’école, l’emploi, la sécurité, l’Europe.

La réponse : une primaire ouverte, large et populaire

Hier soir, Gabriel Attal a de nouveau plaidé pour un départage entre les candidats du bloc central. Il a raison sur le principe. Mais je veux aller plus loin : cette primaire ne doit pas être l’affaire d’un seul camp, ni le règlement de comptes feutré entre états-majors. Elle doit être ouverte à tous les Français qui se reconnaissent dans un socle commun clair et non négociable :

  • l’attachement indéfectible à la République, à ses institutions et à l’État de droit ;
  • la laïcité comme liberté et comme ciment ;
  • l’engagement européen et la fidélité à nos alliances ;
  • le refus de toute alliance, de tout accord, de toute complaisance avec l’extrême droite comme avec l’extrême gauche ;
  • le sérieux budgétaire comme condition de notre souveraineté.

De la gauche raisonnable, réformiste et européenne, à la droite fréquentable, républicaine et humaniste, en passant par le centre qui a toujours su faire le lien : voilà le périmètre. Il est vaste. Il est majoritaire dans le pays. Il ne lui manque qu’une chose : une règle du jeu.

Cette règle, c’est la primaire. Un scrutin lancé dès le début du mois de novembre et tranché avant la fin décembre, au plus tard en janvier, ouvert à tout électeur inscrit qui signe la charte des valeurs communes, avec des débats publics, des projets chiffrés, et l’engagement solennel de chaque candidat à soutenir le vainqueur. Pas un arrangement d’appareils : un acte démocratique.

Les objections ne tiennent pas

On me dira que les primaires ont échoué par le passé. C’est oublier qu’elles ont aussi mobilisé des millions de citoyens et produit des dynamiques réelles. Ce qui a échoué, ce n’est pas l’outil, c’est l’absence de loyauté envers son résultat. Fixons cet engagement d’emblée, publiquement, et l’objection tombe.

On me dira que les sensibilités sont trop éloignées. Je réponds qu’elles le sont infiniment moins que ne l’est chacune d’elles des extrêmes. Entre un social-démocrate européen et un gaulliste républicain, il y a des désaccords. Entre l’un ou l’autre et ceux qui veulent sortir de l’Europe, désigner des ennemis intérieurs ou mépriser nos institutions, il y a un gouffre.

On me dira enfin qu’il est trop tard. Il n’est jamais trop tard pour éviter une faute. Il est simplement de plus en plus coûteux d’attendre. Chaque semaine perdue est une semaine offerte aux extrêmes : la primaire doit s’ouvrir dès novembre et rendre son verdict avant les fêtes, au plus tard en janvier, pour laisser au vainqueur le temps de rassembler et de convaincre.

L’appel

J’en appelle donc aux candidats déclarés comme à ceux qui hésitent encore. J’en appelle aux responsables des partis du centre, de la droite républicaine et de la gauche de gouvernement. J’en appelle aux élus locaux, aux maires, qui savent mieux que quiconque ce que le rassemblement veut dire au quotidien. Et j’en appelle surtout aux Françaises et aux Français : ne laissez pas les états-majors décider seuls de ce qui vous concerne tous.

L’ego est le premier allié des extrêmes. L’humilité collective est notre meilleure arme. Celui ou celle qui acceptera de se soumettre au suffrage d’une primaire ouverte ne perdra rien de sa grandeur ; il y gagnera la légitimité qui manque aujourd’hui à tous. Je suis un enfant de l’École de la République. Je sais ce que ce pays offre à ceux qui croient en lui. Je refuse de le voir livré à ceux qui ne croient qu’en la division. La France n’a pas besoin d’un sauveur providentiel ; elle a besoin d’un rassemblement loyal.

Organisons cette primaire. Organisons-la dès novembre. Organisons-la ensemble.

Et quoi qu’il arrive : jamais les extrêmes.

Mohamed Laqhila : Ancien député des Bouches-du-Rhône (2017-2024), ancien vice-président de la commission des finances de l’Assemblée nationale

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