Publié le 30 octobre 2026 à 10h58 - Dernière mise à jour le 30 octobre 2026 à 10h58
La solidarité s’est mise en place pour venir en aide aux commerçants du centre-ville. 10 millions d’euros ont été débloqués par le Département et la Région. Un guichet unique pour accélérer les procédures d’indemnisation a été mis en place en ligne ou à la chambre de commerce. Des initiatives bienvenues, mais pour ceux qui ont rouvert, le chiffre d’affaires est voisin de zéro.

« J’ai honte de mon chiffre d’affaires »

En déambulant dans les rues commerçantes, au milieu des vitrines borgnes, les présidents des collectivités et de la chambre de commerce ont pu mesurer le désarroi des commerçants. Le 17 octobre, 528 magasins ont été impactés. 117 ont été totalement pillés et 213 ont subi des dégâts très importants. Aujourd’hui, il faut tenter de se relever, mais la situation est très critique pour ceux qui ont pu rouvrir. « Le centre-ville est déserté, les gens ont peur. On a une baisse de fréquentation de 80 % », annonce Gérard Nouchi, à la tête de deux magasins, « Wood » et « Friends ». Il lui a été demandé : « Quel a été votre chiffre d’affaires ces derniers jours ?» « Je n’ose même pas vous le dire, je n’ose pas le dire, j’ai honte, c’est trop minable… »
Guichet unique

Pour aider les commerçants dans leurs démarches, un guichet unique a été mis en ligne et physiquement à la chambre de commerce. Des personnels sont là pour leur répondre en matière de trésorerie ou de chômage partiel. Des services indispensables pour sortir la tête de l’eau. Nacim gère le tabac-presse Sainte-Marthe. Lors des pillages, on lui a volé tout son stock. Il n’a plus rien et n’a pas pu être livré. « Ma banque m’a rejeté un prélèvement parce que je n’avais pas les fonds en raison du pillage de mon magasin. Je me retrouve à zéro et je ne sais pas comment faire ? » Jean-Luc Chauvin, Le président de la CCIAMP indique qu’il va plaider sa cause auprès de la banque.
10 millions d’euros
Les collectivités locales et régionales ont été les premières en France à débloquer des fonds pour les commerçants. Le Département des Bouches-du-Rhône et la Région Sud ont mis chacun cinq millions d’euros dans l’escarcelle. « C’est une grosse machine qui se met en route », analyse François de Canson, le président de Région. « Nous pouvons verser sous 10 jours, 10 000 euros à chaque commerçant pour qu’il puisse bénéficier de trésorerie et qu’il puisse redémarrer. »
Mais selon la mairie, tout cela ne suffira pas. Il faudra une aide de l’État pour tenir jusqu’à la réouverture de l’ensemble des magasins. « On a une prise en charge des commerces pillés c’est bien mais on a tous les commerçants qui sont ouverts et qui font 10 % de leur chiffre d’affaires habituel », relate Rebecca Bernardi, l’adjointe déléguée au commerce de la ville. « Depuis le 17 octobre ils ont des charges, des salariés et plus aucun client. Il faut que l’État les aide. »
« Faire feu de tout bois »
Pour Jean-Luc Chauvin « il faut faire feu de tout bois pour sauver, je le dis carrément, notre centre-ville. L’État va avoir un rôle à jouer pour rassurer les clients. Il va falloir monsieur le préfet qu’on voit du bleu partout, que les forces de l’ordre soient visibles. »
Martine Vassal, la présidente du Département et candidate malheureuse à la mairie de Marseille, en appelle aux clients. « Il faut qu’il y ait une chaîne de solidarité aussi avec les clients. Je les incite à venir dans les magasins. Une ville sans centre-ville, ce n’est pas une vraie ville. »
« Reporter les soldes »
Pour Gérard Nouchi, on ne sauvera pas les commerçants du centre-ville sans décaler les soldes (annoncés du 7 janvier au 3 février). « Il fait encore beau, on a plein de pulls et de doudounes à vendre. Il faut décaler les soldes d’au moins 10 jours pour pouvoir gagner un peu d’argent avant. Qu’ils commencent vers le 20 janvier. »
Il est encore trop tôt pour savoir si des commerçants seront contraints de mettre la clé sous la porte après ce saccage. Mais sans un sursaut de la clientèle et une politique commerciale dynamique des associations, l’année 2027 sera complexe. Noël est la période où les commerçants font en moyenne 35 % de leur chiffre d’affaires de l’année.
Reportage Joël BARCY



