Publié le 31 juillet 2026 à 19h07 - Dernière mise à jour le 31 juillet 2026 à 19h07
Après plus de vingt ans à la tête de la Fondation du Camp des Milles – Mémoire et Éducation, Alain Chouraqui passe le relais à Claude Kupfer. Ancien préfet, haut fonctionnaire et fils ainsi que frère de déportés, le nouveau président entend poursuivre le combat contre le racisme, l’antisémitisme et toutes les formes d’extrémisme, dans la continuité de l’action menée depuis la création de l’institution.

En juin dernier, Alain Chouraqui avait annoncé son souhait de quitter la présidence de la Fondation qu’il avait créée et façonnée. Une décision mûrement réfléchie qu’il justifiait par une conviction de gouvernance : « Il est du devoir d’un dirigeant -en particulier au sein d’une organisation reconnue d’utilité publique- de préparer sa succession pour assurer au mieux l’efficacité de ses missions dans la durée. Il est important aussi qu’une institution puisse vivre et se développer en tant que telle sans confusion trop longue avec celui ou celle qui l’a créée, la dirige ou la représente. » S’il abandonne la présidence, Alain Chouraqui ne quitte pas pour autant l’institution. Il devient président d’honneur de la Fondation, conserve la direction de la Chaire UNESCO sur l’éducation à la citoyenneté qu’il a fondée et présidera désormais le Comité d’éthique de la Fondation.
Une succession placée sous le signe de la continuité
C’est sur la proposition d’Alain Chouraqui que Claude Kupfer s’est porté candidat à sa succession, revendiquant une « pleine communauté de pensée et une parfaite unité de vue » avec son prédécesseur. Âgé de 71 ans, Claude Kupfer apporte à la Fondation une longue expérience de l’État. Ancien élève de l’École nationale d’administration (promotion 1978-1980), préfet honoraire, il a exercé de nombreuses responsabilités préfectorales avant d’occuper plusieurs postes stratégiques au ministère de l’Intérieur. Il a notamment dirigé l’évaluation de la performance, les affaires financières et immobilières du ministère, puis assuré la coordination nationale de la réforme des services déconcentrés de l’État auprès du Secrétaire général du Gouvernement. Son parcours l’a également conduit à la direction de la sûreté, du management des risques et de la conformité du groupe Aéroports de Paris. Plus récemment, de 2021 à 2024, il a dirigé l’Œuvre de Secours aux Enfants (OSE), association reconnue d’utilité publique dont l’histoire est aujourd’hui présentée au Site-mémorial du Camp des Milles à travers l’exposition Sauver les enfants : 1938-1945. Une expérience qui, selon lui, constitue un prolongement naturel de son engagement au service de la mémoire et de la protection des plus vulnérables.
Un engagement nourri par une histoire familiale
Au-delà de son parcours administratif, Claude Kupfer entretient un lien profondément personnel avec le Camp des Milles. Fils et frère de déportés, il découvre lors de sa première visite du site que sa sœur Hélène, âgée de deux ans au moment des faits, y avait été internée avant d’être déportée puis assassinée à Auschwitz. Cette révélation a renforcé un engagement déjà ancien en faveur de la transmission de la mémoire. À l’occasion de la Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la Déportation, il avait déjà participé à la lecture des noms des enfants déportés depuis le Camp des Milles, parmi lesquels figurait celui de sa sœur. « Le fils de déporté peut témoigner que l’horreur n’a pu éteindre la vie et que l’indicible n’a pas étouffé l’espoir », affirme-t-il.
« L’Histoire alerte le présent »
Claude Kupfer prend ses fonctions dans un contexte qu’il juge particulièrement préoccupant, marqué par la montée des tensions identitaires et par une recrudescence des actes antisémites. S’inscrivant dans le principe fondateur de la Fondation -« L’Histoire alerte le présent »- il entend poursuivre le travail engagé depuis des années pour faire du Camp des Milles non seulement un lieu de mémoire, mais aussi un outil de prévention des mécanismes qui conduisent aux exclusions et aux violences. Sa priorité est de « continuer à fournir à la réflexion et à l’action les moyens de renforcer la lutte contre le racisme et l’antisémitisme » afin de préserver les principes et les valeurs de la République. Devant le conseil d’administration, après son élection, il a fixé le cap de son mandat en soulignant que « les temps qui viennent réclament solidarité, courage et espoir comme autant de points cardinaux » destinés à guider l’action de la Fondation.
Une nouvelle étape pour une institution de référence
Cette transmission ouvre une nouvelle étape dans l’histoire de la Fondation du Camp des Milles. Elle conjugue l’expérience de son fondateur, qui demeure fortement impliqué, et l’arrivée d’un président dont le parcours mêle service de l’État, engagement citoyen et histoire familiale intimement liée à la Shoah. À l’heure où les discours de haine et les fractures identitaires connaissent un regain inquiétant, la Fondation entend poursuivre sa mission de vigilance démocratique en s’appuyant sur ce qui fait sa singularité : utiliser les enseignements de l’histoire pour éclairer les défis du présent et contribuer à prévenir les engrenages qui peuvent conduire au pire.
Anna CHAIRMANN



