Publié le 17 août 2026 à 11h30 - Dernière mise à jour le 17 août 2026 à 9h09
Dans la famille « Les génies du piano sont à La Roque en 2026 », je demande : Adam Laloum… Bonne pioche ! Il est venu ce 14 août offrir au public du parc Florans un concert absolument sublime consacré à Brahms et Schubert.

Habitué des lieux, Adam Laloum, qui commença le piano à l’âge de dix ans et possède déjà une discographie conséquente, se produit régulièrement avec de grands orchestres, dirigés notamment par Alain Altinoglu ou Valery Gergiev. À La Roque-d’Anthéron, il a illuminé la nuit provençale et conquis le public.
Au programme, Brahms et Schubert, deux compositeurs chez lesquels il est comme en son jardin. Brahms, tout d’abord, avec la Sonate pour piano n° 3, œuvre de jeunesse dans laquelle le compositeur déploie une vaste fresque en cinq mouvements. On retiendra la perfection avec laquelle Adam Laloum aborde chacun de ces moments musicaux, avec notamment un Andante du deuxième mouvement donné de manière sublime. Jamais excessive, mais ne négligeant aucun des orages qui naissent de la partition, son interprétation, très différente de celle de François-Frédéric Guy, qui a lui aussi gravé une version parfaite de cette sonate, demeure une sorte de voyage. On est également bouleversé par l’Intermezzo en mi majeur (Adagio), quatrième pièce des Sept Fantaisies op. 116 de ce même Brahms, avec lequel Adam Laloum, lors du troisième rappel, termina son récital.
La Sonate pour piano n° 21 D. 960 de Schubert en mode excellence
Comme l’a souligné la musicologue Constance Clara Guibert à propos de la Sonate pour piano n° 21 D. 960 de Schubert, « le temps ne s’écoule pas : il s’étire, se dilate. Les thèmes ne s’opposent pas, ils dérivent les uns vers les autres, baignés d’une lumière changeante qui semble venir de l’intérieur même du son ». Cela, Adam Laloum l’a parfaitement illustré, notamment dans son interprétation dépouillée à l’extrême du mouvement lent. Une sonate donnée de manière intimiste, comme s’il s’agissait d’une confidence. Adam Laloum séduit, envoûte, touche au cœur comme à l’âme. Son Andantino, deuxième des Moments musicaux D. 780, qui fait partie de la bande musicale du film de Louis Malle Au revoir les enfants, choisi pour le premier rappel du concert, a renforcé notre conviction : Adam Laloum est un poète du piano. Avec l’Impromptu op. 90 n° 4 D. 899 de Schubert, deuxième des trois sublimes rappels de la soirée, le pianiste a encore nimbé son récital d’une lumineuse douceur. Avant de revenir à Brahms pour l’ultime rappel et de refermer ainsi la boucle d’une soirée placée sous le signe de deux compositeurs qu’il habite avec une rare évidence.
Encore un génie du piano qui s’est installé à La Roque, comme on le disait au début.
Jean-Rémi BARLAND



