Festival de La Roque-d’Anthéron : transition réussie, le public au rendez-vous

Publié le 21 août 2026 à 13h26 - Dernière mise à jour le 21 août 2026 à 13h26

Elle était forcément scrutée. Première édition depuis la création du Festival international de piano de La Roque-d’Anthéron sans René Martin à la direction artistique, cette 46e édition avait valeur de test. Le public a répondu présent : 59 229 spectateurs ont fréquenté le festival, soit une hausse de 2,5 % par rapport à 2025. Une édition marquée par une nouvelle direction artistique collégiale, cinq formats inédits et quelques imprévus transformés en grands moments de musique.

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La scène du parc de Florans @ Joël Barcy

Le rideau est tombé le 16 août sur le Parc du Château de Florans et les différentes scènes du Festival international de piano de La Roque-d’Anthéron. Après 32 jours de musique, l’heure est désormais au bilan. Et les chiffres apportent une première réponse à la question qui accompagnait cette 46e édition : comment La Roque allait-elle négocier l’après-René Martin ?

Depuis la création du Festival en 1981 aux côtés de Paul Onoratini, René Martin en avait signé toutes les programmations. Quarante-cinq éditions au cours desquelles La Roque-d’Anthéron est devenue l’un des grands rendez-vous pianistiques internationaux et un lieu où se sont révélées plusieurs générations d’interprètes. Son départ à l’automne dernier ouvrait donc nécessairement une période nouvelle. Cette première édition sans lui à la direction artistique pouvait apparaître comme une année de transition. Avec 59 229 spectateurs, soit une fréquentation en progression de 2,5 % par rapport à 2025, elle aura surtout montré que le public était toujours au rendez-vous.

Une direction artistique désormais collégiale

Pour écrire ce nouveau chapitre sans rompre avec ce qui constitue l’identité de La Roque, le Festival a fait le choix d’une direction artistique collégiale. Trois musiciens, Claire Désert, Nelson Goerner et Victor Julien-Laferrière, ont porté cette programmation, coordonnée par Philippe Bernhard, conseiller du président. Un choix qui entend conjuguer continuité dans l’exigence artistique et renouvellement, avec notamment une attention renforcée portée aux nouvelles générations. « Nos nouvelles propositions pour la programmation et pour l’expérience festivalière ont trouvé leur public, preuve que l’excellence artistique et l’ouverture peuvent aller de pair », se félicite Jean-Louis Blanc, président du Festival. Au-delà de la fréquentation, il retient « de grands moments d’émotion, de belles rencontres et cette relation unique entre les artistes et le public qui fait l’identité de La Roque-d’Anthéron ».

Quand l’imprévu s’invite au programme

Cette édition aura aussi rappelé qu’un festival de plein air, même minutieusement préparé, reste soumis aux imprévus. Et La Roque en a connu plusieurs. Le premier intervient dès l’ouverture. Le 16 juillet, Khatia Buniatishvili renonce à son concert en raison de la canicule qui frappe alors la France. Plutôt que d’annuler la soirée, le Festival prend le pari de confier la scène du Parc de Florans à Martina Meola, pianiste italienne de seulement 13 ans, protégée de Martha Argerich. Devant près de 2 000 spectateurs, la jeune musicienne interprète Chopin et Liszt avant de quitter la scène sous une ovation et après deux bis. Un remplacement décidé dans l’urgence qui devient l’un des événements de l’été.

Deuxième coup du sort le 2 août : Arcadi Volodos doit à son tour déclarer forfait pour raisons de santé. Igor Levit reprend la soirée avec Schubert, Chopin et Beethoven. Là encore, le Festival transforme la difficulté en événement musical. Une troisième soirée, celle du 25 juillet, n’aura en revanche pas pu être sauvée et a dû être annulée en raison des conditions météorologiques. Trois aléas en 32 jours : les contraintes inhérentes à un festival qui se déroule largement à ciel ouvert.

Cinq nouveautés appelées à durer

Mais cette 46e édition ne s’est pas contentée de gérer l’après-René Martin. Elle a aussi expérimenté de nouvelles manières d’ouvrir le Festival et de rencontrer son public. Cinq formats ont ainsi fait leur apparition et seront reconduits. Les Préludes ont proposé 13 concerts hors les murs dans les communes partenaires, pour la première fois pendant la période scolaire, permettant d’y associer des interventions dans les écoles. Sous les grands arbres du Parc de Florans, les Rencontres sous les séquoias ont donné lieu à neuf rendez-vous autour de personnalités et d’artistes, d’Erik Orsenna à Alexandre Kantorow. La série « Une heure avec… » a permis à quatre pianistes de commenter eux-mêmes leurs concerts.

Avec Tremplin !, une journée entière a été confiée à de jeunes artistes lors de courts récitals. Enfin, la Série découverte a consacré 13 concerts à une nouvelle génération de musiciens internationaux, en lien avec les grands concours. Une volonté de transmission et de découverte qui n’empêche pas La Roque de continuer à accueillir les grands noms du piano international.

106 rendez-vous artistiques en 32 jours

Les chiffres donnent la mesure de cette édition : 106 rendez-vous artistiques en 32 jours, du 16 juillet au 16 août, avec 114 bénévoles mobilisés. Au total, le Festival a proposé 80 concerts payants, 13 concerts gratuits et 13 concerts hors les murs, répartis sur une quinzaine de scènes en Provence, du Parc du Château de Florans au cloître de l’Abbaye de Silvacane. Cinq concerts ont également été captés par France Musique. Au fil de ce mois, les générations et les univers se sont croisés. Des artistes confirmés, mais aussi de jeunes interprètes que La Roque continue de placer sous les projecteurs. Une diversité qui reste l’une des signatures du Festival.

Une création mondiale pour refermer l’édition

Pour sa dernière soirée, le 16 août, le Festival avait choisi de ne pas refermer cette édition sur une programmation attendue. Carte blanche a été donnée à Thomas Enhco, d’abord en récital solo, puis en duo avec Vassilena Serafimova et enfin en trio avec François Moutin et Raphaël Pannier, accompagné du Quatuor Magenta. Une soirée conclue par une création mondiale, comme une manière d’affirmer que La Roque entend désormais conjuguer son héritage avec l’envie d’ouvrir de nouvelles voies.

Cette 46e édition ne pouvait évidemment suffire, à elle seule, à écrire tout l’après-René Martin. Mais elle constituait un premier passage obligé. Avec une fréquentation en hausse, de nouveaux formats appelés à être reconduits et un public demeuré fidèle, La Roque-d’Anthéron a franchi sans rupture ce premier été d’une nouvelle époque.

La suite s’écrira en 2027. La programmation de la 47e édition du Festival international de piano de La Roque-d’Anthéron sera dévoilée au printemps.

La rédaction

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