Publié le 23 septembre 2026 à 19h01 - Dernière mise à jour le 23 septembre 2026 à 19h01
Dimanche 27 septembre, 3 695 grands électeurs vont se rendre en préfecture pour voter. Un vote obligatoire, sous peine d’une amende, assez symbolique, de 100 €. La situation est inédite dans le département avec pas moins de 9 listes. Un paysage politique aussi fragmenté que les candidatures à la présidentielle. Analyse de ce scrutin atypique avec Norbert Nourian, politologue et président d’Angerona.
Abondance de listes
Des listes comme s’il en pleuvait. Pas moins de neuf. Les Bouches-du-Rhône font partie des départements qui en comptent le plus. « Comme pour la présidentielle, on a une floraison des candidatures, neuf listes, c’est inédit, analyse Norbert Nourian. Cette fragmentation reflète la tendance nationale mais il est difficile de faire des pronostics sur l’issue du scrutin. C’est la seule élection où aucun sondage n’est effectué. Par ailleurs, comme le disait Jean-Claude Gaudin : « c’est le seul scrutin où les électeurs sont plus menteurs que les candidats ». » En un mot, les candidats doivent toujours se méfier des encouragements et des mots de sympathie, ils n’impliquent pas nécessairement un vote favorable dans l’urne.
Un scrutin à part
Les sénatoriales forment un scrutin à part. Dans les Bouches-du-Rhône, seuls 3 695 grands électeurs participent au vote, dont 3 566 délégués des conseils municipaux, auxquels s’ajoutent les parlementaires du département ainsi que les conseillers départementaux et régionaux du 13. Ils prendront l’un des neuf bulletins pour élire les 8 sénateurs du département. C’est un scrutin de liste à la proportionnelle. Logiquement, les grosses machines qui ont su faire l’union auront le plus grand nombre de sénateurs. Ce qui faisait dire à Renaud Muselier au printemps que sa liste pourrait rafler la mise avec quatre sénateurs. Mais la belle machine s’est enrayée, les listes se sont multipliées à droite comme à gauche et les pronostics sont impossibles.
Chacun pour soi
Ce scrutin est à l’image de la campagne présidentielle actuelle. « Chacun joue sa capacité à démontrer sa légitimité, estime Norbert Nourian. Il faut imprimer sa marque, son influence en vue de la séquence politique future, celle des législatives. Le collège électoral est donc insondable car il est traversé par toutes les dynamiques de la politique nationale : les courants et les critiques qui traversent la société. »
Un paysage fragmenté
Cette multitude de listes traduit un paysage politique fragmenté et des situations inédites. « La configuration politique a sérieusement changé à droite par rapport à 2020. On a trois listes. L’une de centre droit (Devésa-Muselier) qui a le soutien institutionnel de LR avec le président du Sénat, Gérard Larcher, et le président de la Métropole, Nicolas Isnard. Mais en face, vous avez la sénatrice sortante LR, Valérie Boyer, qui a le soutien de Bruno Retailleau, le président du parti. S’ajoute à ces deux listes celle d’Hervé Granier, le maire LR de Gardanne. Il veut jouer la représentation locale. L’équation n’est pas simple pour déterminer l’issue du scrutin ».
La gauche est tout aussi fragmentée avec quatre listes. « On retrouve une liste d’Union de la gauche comme en 2020, une liste « guériniste »emmenée par Mireille Jouve mais s’ajoute celle d’un cacique du Parti socialiste, Jean-David Ciot, le maire du Puy-Sainte-Réparade. Il est à la tête d’une liste qui se veut transpartisane centrée sur la défense des communes face à l’État. Une liste LFI boucle la boucle. »
L’extrême droite part aussi divisée. Elle compte deux listes. « Celle du sénateur sortant Stéphane Ravier (ex-RN et ex-Reconquête !) et la liste officielle RN-UDR conduite par une ex-LR, Marie-Pierre Callet. » Les neuf listes et leurs têtes de liste sont bien celles enregistrées officiellement.
À qui profite cette fragmentation ?
« Je ne sais pas, avoue humblement le politologue. La multiplication des listes trouble le jeu politique. En tout cas, aucune liste ne devrait atteindre quatre sénateurs. Le corps électoral n’est pas extensible. » Dans ce contexte, la liste Devésa-Muselier obtiendra-t-elle avec certitude trois sénateurs ? La liste Granier y parviendra-t-elle ? Les électeurs LR vont-ils suivre Valérie Boyer ou aller ailleurs ? Si la liste Devésa-Muselier n’obtenait que deux sénateurs malgré le soutien appuyé de la classe politique et la venue opportune de Gérard Larcher ce jeudi à Aix-en-Provence, ce serait un échec et il laisserait des traces pour les futures échéances électorales.
À gauche, la liste d’Union espère trois sièges mais y parviendra-t-elle avec deux listes concurrentes, sans compter LFI ? Impossible là encore d’avoir des certitudes. Les grands électeurs vont-ils se diriger vers les « grosses » listes ou préférer des listes dissidentes ? C’est une vaste question qui taraude tous les candidats. Réponse dimanche soir.
Joël BARCY



