Publié le 1 novembre 2026 à 21h57 - Dernière mise à jour le 1 novembre 2026 à 21h57
« Cantà in cumpagnia »… C’est un album remarquable de qualité et d’intérêt qui est sorti depuis quelques jours. Enregistré par la Camerata Figarella il fait dialoguer et se rencontrer trois langages fondés sur l’ornementation et la variation mélodique : la diminution renaissance, la musique traditionnelle corse et l’improvisation modale ottomane.

En 2019, Ange Sierakowski et sa compagne Lauriane Maudry, tous deux flûtistes à la carrière internationale, fondent la Camerata Figarella afin de contribuer à l’ouverture et à la diffusion de la musique classique et traditionnelle en Corse. Depuis, chaque année, un festival annuel se tient au Cap corse et, en particulier, sur le territoire de Figarella, le village d’Ange, né d’une mère corse et d’un père polonais, l’association portant aussi une saison musicale en lien avec le patrimoine, la pédagogie, la création et la langue corse.
L’album est né de la rencontre de plusieurs instrumentistes et chanteurs attachés à ces rencontres. Ainsi huit artistes qui font autorité dans leurs domaines respectifs sont réunis : côté voix, le baryton italien Enea Sorini, qui est aussi percussionniste, Michel Paoli, Daniel Gonet et Jean-Étienne Langianni de l’ensemble Tavagna, William Dongois (cornet), Stefan Legée (saqueboute), Fausto Sierakowski (saxophone alto) et Ange Sierakowski (clarinettiste).
Dialogues à la renaissance
« Pour cet album, notre travail a été de faire se rencontrer, de façon historiquement informée, la polyphonie corse et la musique savante de la Renaissance italienne, nous confie Ange Sierakowdki. Un dialogue pas du tout saugrenu dans la mesure où des recherches nous ont permis de découvrir une réelle porosité entre les genres musicaux et littéraires, puisque des bergers corses pouvaient réciter des vers de l’Orlando de l’Ariosto ou de Dante Alighieri qui étaient parvenus jusqu’à eux et que la réciproque est vraie puisque les traditions agro-pastorales, ou en lien avec la laude populaire en langue vernaculaire, ont été sources d’inspirations d’une culture savante. » Ainsi, laudes et ballate du Moyen Age italien, madrigaux et motets du XVIe siècle répondent aux Paghjelle et aux chants sacrés traditionnels corses ; avec les nuances de l’improvisation modale ottomane ainsi qu’un travail précieux sur les diminutions et les ornementations.
Une église pour un son naturel
L’enregistrement, remarquable de qualité, a été réalisé par l’ingénieur du son et producteur du label Carpe Diem, Jonas Niederstadt. « Nous avons choisi d’enregistrer dans une église et non dans un studio afin de nous rapprocher au plus près d’un son naturel explique le flûtiste. Nous avons cherché un lieu un peu partout dans l’île et, finalement, notre choix s’est porté sur une petite église de la vallée où je réside, Santa Maria Assunta située à U Mandriale, le hameau le plus haut de la commune de Santa Maria di Lota. » Choix judicieux pour le moins tant l’ambiance et le son « naturel » procurent aux interprétations une dimension spirituelle, renforçant l’intérêt de la découverte de polyphonies dont certaines jamais enregistrées jusqu’alors. Un réel bijou musical à découvrir séance tenante.
Michel EGEA
« Cantà in cumpagna » par la Camerata Figarella, Carpe Diem records – CD16341/dist. Outhere Concerts de sortie du disque : Le 5 novembre à 19 heures, Cathédrale Sainte-Marie à Bastia, le 6 novembre à 20 heures, Basilique Saint-Martin d’Ainay à Lyon et le 8 novembre à 18 heures, au
Théâtre Artistic Athévains à Paris (artistictheatre.com) Renseignements sur cameratafigarella.com



