Baromètre des experts-comptables : les TPE-PME de Provence-Alpes-Côte d’Azur décrochent, les fragilités s’accumulent

Publié le 1 juin 2026 à 7h30 - Dernière mise à jour le 31 mai 2026 à 9h53

Selon le dernier baromètre du Conseil régional de l’Ordre des experts-comptables (Croec) Provence-Alpes-Côte d’Azur, la dégradation de l’activité des TPE-PME régionales se confirme au premier trimestre 2026. Avec un chiffre d’affaires en recul de 0,2 %, une hausse de 8,8 % des défaillances d’entreprises et des secteurs comme la restauration ou le bâtiment toujours en difficulté, les professionnels du chiffre décrivent un tissu économique fragilisé par l’érosion du pouvoir d’achat, la hausse des coûts de l’énergie et un environnement international de plus en plus incertain.

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Nicolas Férand, le président du Conseil régional de l’Ordre des experts-comptables (Croec) Paca © Patricia Caire

La légère baisse de l’activité enregistrée au premier trimestre 2026 pourrait sembler anodine. Avec un recul de 0,2 % du chiffre d’affaires des TPE et PME de Provence-Alpes-Côte d’Azur, la région ne connaît pas d’effondrement économique. Pourtant, derrière cette apparente stabilité se dessine une réalité plus préoccupante : la Région figure désormais parmi les moins performantes de France et plusieurs secteurs clés montrent des signes de fragilité persistante. Ce constat, dressé par les experts-comptables à l’occasion de la présentation de son dernier baromètre réalisée sur un échantillon de près de 80 000 très petites et moyennes entreprises,  met en évidence un ralentissement progressif de l’activité économique régionale. « Les variations ne sont pas énormes, mais elles montrent que nous avons aujourd’hui un tissu économique particulièrement fragile », résume Nicolas Férand, président du Croec Paca. Selon lui, la dégradation observée au fil du trimestre constitue le véritable signal d’alerte. Après un mois de janvier relativement stable, février a marqué un premier recul avant une nette détérioration en mars.

Une région à la peine dans le classement national

Avec une activité en recul de 0,2 %, Provence-Alpes-Côte d’Azur se classe seulement douzième au niveau national, loin de la moyenne française qui affiche encore une progression de 0,4 %. Une contre-performance qui place la région dans le bas du tableau alors même qu’elle bénéficie traditionnellement de la dynamique touristique et résidentielle. Les disparités territoriales restent importantes. Le Var tire son épingle du jeu avec une progression de 1 % de son activité tandis que les Alpes-de-Haute-Provence enregistrent la plus forte baisse régionale. Mais le chiffre qui préoccupe le plus les experts-comptables concerne les défaillances d’entreprises. Selon les données Altares, 1 778 procédures ont été enregistrées au cours du premier trimestre, soit une hausse de 8,8 % sur un an. Pour Nicolas Férand, cette évolution traduit encore les effets différés des crises successives traversées par les entreprises depuis plusieurs années : Covid, inflation, flambée énergétique puis ralentissement de la consommation.

Le secteur des cafés, hôtels et restaurants au bord de l’essoufflement

C’est probablement le constat le plus préoccupant de ce baromètre. La restauration traditionnelle affiche une baisse de chiffre d’affaires de 7,3 %, tandis que les débits de boissons reculent de 8,6 %. Pour ces derniers, il s’agit du huitième trimestre consécutif de baisse. Nicolas Férand considère que ces chiffres traduisent « une évolution profonde des comportements de consommation ». Confrontés à l’érosion de leur pouvoir d’achat, les ménages arbitrent davantage « leurs dépenses de loisirs et privilégient des solutions moins coûteuses ». Les restaurants traditionnels se retrouvent directement confrontés à cette nouvelle réalité, tandis que la restauration rapide ou certaines offres alimentaires alternatives résistent davantage. L’inquiétude est d’autant plus forte que la saison touristique 2025 avait déjà déçu de nombreux professionnels. Dans ces conditions, même une simple stabilisation de l’activité durant l’été 2026 serait loin de constituer un véritable rebond.

Le BTP reste sous pression

Autre secteur en difficulté : le bâtiment. La maçonnerie recule de 3,6 % au premier trimestre et prolonge une série de résultats négatifs amorcée avec la crise du logement neuf et le ralentissement des permis de construire. Les agences immobilières continuent également de souffrir malgré une reprise des compromis de vente observée au niveau national. Les taux de crédit demeurent élevés et les ménages reportent encore de nombreux projets immobiliers. Pour les artisans, une autre inquiétude grandit, elle est inhérente à la hausse des prix des carburants et de l’énergie. De nombreuses petites entreprises voient leurs marges se réduire et certaines renoncent désormais à intervenir sur des chantiers éloignés lorsque les coûts de déplacement deviennent trop importants.

Quelques secteurs résistent encore

Le tableau n’est toutefois pas uniformément sombre. Les transports de fret de proximité, les pharmacies, les services d’aménagement paysager et la réparation automobile parviennent à maintenir leur activité. Ces secteurs bénéficient d’une caractéristique commune : ils répondent à des besoins jugés essentiels ou difficiles à différer. Santé, entretien du véhicule ou entretien des espaces extérieurs restent des dépenses que les ménages repoussent moins facilement, même dans un contexte économique tendu. Pour autant, là aussi les marges restent sous pression. Les transporteurs routiers, notamment, subissent directement l’impact de la hausse des carburants liée aux tensions internationales et voient leur trésorerie se fragiliser.

Facturation électronique : une révolution plus qu’une contrainte

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Au milieu de ces difficultés conjoncturelles, les experts-comptables ont également insisté sur une échéance qui concernera progressivement l’ensemble des entreprises : la généralisation de la facturation électronique à partir du 1er septembre prochain. Si cette réforme est souvent perçue comme une nouvelle obligation administrative, Nicolas Férand y voit surtout un outil de modernisation. Selon lui, la combinaison entre facturation électronique et intelligence artificielle pourrait profondément transformer la gestion des entreprises, améliorer le suivi des encaissements et offrir une vision beaucoup plus précise de la trésorerie. Reste que cette transformation intervient dans un climat économique particulièrement incertain. « Nous sommes peut-être sur une année charnière», estime Nicolas Férand, appelant les dirigeants à renforcer le suivi de leur trésorerie et à anticiper les difficultés avant qu’elles ne deviennent irréversibles. Un message qui résonne comme un avertissement alors que l’économie régionale semble avancer sur une ligne de crête entre ralentissement durable et risque de décrochage plus marqué.

Patricia CAIRE

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