Publié le 16 juin 2026 à 22h01 - Dernière mise à jour le 16 juin 2026 à 22h01
Le préfet des Bouches-du-Rhône, Jacques Witkowski, a mis fin mardi à plusieurs semaines d’incertitude en arrêtant le budget 2026 de la Métropole Aix-Marseille-Provence. Une décision attendue depuis le refus des élus métropolitains d’examiner le budget à la fin du mois d’avril et qui intervient quelques jours après l’avis de la Chambre régionale des comptes (CRC). Au-delà de la procédure, le représentant de l’État adresse un message aux élus : la Métropole traverse une crise budgétaire sérieuse mais elle dispose encore de leviers pour rétablir ses finances sans augmenter les impôts ni remettre en cause les mécanismes de solidarité entre communes.

Un déficit plus important que prévu
Saisie par le préfet en mai dernier, la Chambre régionale des comptes avait un mois pour proposer un budget à l’équilibre. Son diagnostic est sans appel. Le déficit de la Métropole atteint 144 M€, soit davantage que les 123M€ avancés jusque-là par l’institution. Ce déséquilibre se concentre principalement sur le budget annexe des transports, devenu au fil des années le principal point de fragilité financière de la collectivité. Pour combler ce déficit, la CRC préconisait un plan reposant sur 91M€ d’économies et sur une réduction de 53 M€ de la dotation de solidarité communautaire (DSC).
« La Métropole n’est pas en faillite »
Avant même de détailler ses arbitrages, Jacques Witkowski tient à répondre aux discours alarmistes qui se sont multipliés ces dernières semaines. « La Métropole n’est pas en faillite », affirme le préfet, rappelant qu’elle figure parmi « les collectivités les plus soutenues de France ». Il souligne notamment que l’État a accordé 95 M€ de subventions d’investissement en 2025 et rappelle que la dotation globale de fonctionnement atteint 131,8 euros par habitant, contre 84,3 euros en moyenne pour les autres intercommunalités françaises. Une mise au point qui résonne comme une réponse aux élus qui dénoncent régulièrement un manque de soutien financier de l’État.
La solidarité entre communes préservée
C’est sur la dotation de solidarité communautaire que le préfet s’écarte le plus nettement des recommandations de la Chambre régionale des comptes. Alors que la CRC proposait une baisse de 53 M€ de cette enveloppe, Jacques Witkowski décide au contraire de la maintenir intégralement à son niveau prévu de 66 M€. Pour le représentant de l’État, la DSC n’est pas une variable d’ajustement budgétaire comme les autres. « La DSC est une dotation obligatoire prévue par la loi et un outil de solidarité », rappelle-t-il. Mise en œuvre à partir de 2023 dans le cadre du pacte financier et fiscal métropolitain, elle vise à réduire les inégalités entre les territoires et à soutenir les communes les plus fragiles. « Les enjeux du territoire métropolitain dans ce domaine exigent donc de préserver la DSC », insiste le préfet. Un choix qui évite notamment un manque à gagner important pour Marseille et pour plusieurs communes bénéficiaires de ce mécanisme de péréquation.
Les 178 millions d’euros qui reviennent au centre du débat
Mais si le préfet refuse de réduire la solidarité entre communes, il ne renonce pas pour autant à trouver les 53 M€ nécessaires à l’équilibre du budget. Son regard se tourne vers un sujet explosif : les attributions de compensation versées aux communes membres. Il est rappelé qu’un rapport de la Chambre régionale des comptes publié en 2022 estimait que près de 178M€ d’attributions de compensation étaient « indûment versées » par la Métropole. Ces sommes, héritées de l’histoire complexe de la construction métropolitaine, ne correspondraient à aucun transfert effectif de compétence entre les anciennes intercommunalités et la collectivité actuelle. Pour mesurer l’ampleur du sujet, la préfecture souligne que ces 178M€ représentent quasiment le quart des dépenses d’exploitation du réseau de transport métropolitain en 2025. Le préfet rappelle également que le pacte financier et fiscal adopté par la Métropole en 2022 prévoyait déjà d’« examiner tous les leviers disponibles », parmi lesquels figure explicitement « la libre révision des attributions de compensation ».
Pas de hausse d’impôts mais un choix politique assumé
Au final, Jacques Witkowski arrête un budget reposant sur quatre décisions : aucune hausse de fiscalité pour les ménages et les entreprises, la confirmation des 91 M€ d’économies identifiés par la CRC, le maintien intégral de la DSC à 66M€ et une réduction de 53 M€ des attributions de compensation. L’équilibre budgétaire est ainsi rétabli et le budget transmis à la Métropole pour exécution. Dès publication de l’arrêté préfectoral, le conseil métropolitain retrouve l’intégralité de ses compétences.
Le plus difficile commence maintenant
En réalité, la décision du préfet ne clôt pas le débat. Elle le déplace. Car si l’État a fixé le montant de la réduction des attributions de compensation, il laisse désormais à la Métropole le soin d’en répartir l’effort entre ses communes membres. « Il lui revient de répartir la diminution des AC entre ses communes membres », conclut le préfet. Une phrase en apparence technique mais dont la portée politique est considérable. Après le bras de fer entre la Métropole, la Chambre régionale des comptes et l’État, la question devient désormais : quelles communes paieront la facture ? Et c’est probablement là que commence le chapitre le plus sensible de cette crise métropolitaine.
Patricia CAIRE



