Publié le 3 juillet 2026 à 7h30 - Dernière mise à jour le 2 juillet 2026 à 22h13
Réunis sur l’île du Frioul pour leur Assemblée générale annuelle, les coopérateurs de l’Union régionale des Scop et Scic Paca Corse ont réaffirmé leur attachement au modèle coopératif tout en traçant les orientations de l’année à venir. Temps fort de cette journée : la signature d’une convention de partenariat avec la Chambre de métiers et de l’artisanat Provence-Alpes-Côte d’Azur, destinée à renforcer l’accompagnement des entreprises dans leurs projets de création, de transmission et de transformation en sociétés coopératives.

Un mouvement qui a doublé en dix ans
En l’espace de dix ans, le nombre de Scop et de Scic (Sociétés coopératives d’intérêt collectif) a doublé en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Corse. L’Union régionale fédère aujourd’hui 346 entreprises coopératives, représentant plus de 3 000 salariés. Dans un contexte économique tendu, ces entreprises ne sont pas épargnées par les difficultés. Elles démontrent toutefois une capacité de résistance souvent supérieure à celle des entreprises classiques, portée par un modèle fondé sur l’implication des salariés dans la gouvernance et les décisions de l’entreprise. « Quand il se lève le matin, le salarié sait qu’il est son propre patron, qu’il possède son propre outil de travail », résume Franck Maillé, président de l’Union régionale des SCOP et SCIC Paca Corse.
Le bonheur d’être en Scop
On devient rarement milliardaire en Scop. En revanche, chaque salarié associé élit son dirigeant, vote la stratégie et participe aux grandes décisions de l’entreprise. C’est ce qui a convaincu Catherine Rodric, comptable et salariée associée de la Scop Menuiserie MD. Habituée à changer régulièrement d’entreprise au cours de sa carrière, elle a finalement choisi d’y rester jusqu’à son départ à la retraite. « Être salariée dans une Scop ou dans une entreprise classique, ça n’a rien à voir. Ici, on participe aux décisions, on donne son avis, on vote et on a réellement son mot à dire», explique-t-elle. Au-delà de la gouvernance partagée, c’est aussi la solidarité qui caractérise le fonctionnement de la coopérative. Lorsqu’un salarié rencontre des difficultés, l’organisation s’adapte pour préserver l’emploi. « Quand quelqu’un s’en va, toute l’entreprise se réorganise. Un de nos salariés a eu un accident. Pour qu’il puisse rester avec nous, il est passé au bureau, tandis que celui qui assurait la gestion est redevenu menuisier. Chez nous, ce genre de réorganisation est naturel. Aujourd’hui, c’est moi qui pars à la retraite. Il n’y aura plus de comptable : notre dessinatrice reprendra une partie de mes missions et le reste sera confié à notre expert-comptable. »
Transmettre en confiance
Assurer la transmission de son entreprise en toute sérénité est aussi l’une des raisons qui poussent certains dirigeants à choisir le modèle coopératif. En devenant une SCOP, ils savent que l’entreprise pourra poursuivre son développement avec ceux qui l’ont fait vivre au quotidien. Le lien de confiance avec les salariés prend alors une dimension particulière. C’est le choix qu’ont fait, en 2024, les deux dirigeants de l’agence de paysage TEM, à La Ciotat, en transformant leur entreprise en Scop. « Pour nous, les fondateurs, qui approchons de la retraite, la meilleure façon d’assurer la pérennité de l’entreprise était que chacun puisse devenir associé. Même si nous n’avons pas tous le même capital, nous avons tous la même voix, et c’est cela qui est essentiel. Dans une Scop, on est loin de la logique capitalistique qui peut exister dans une SARL. »
55 000 entreprises à transmettre
L’enjeu est de taille. D’ici à dix ans, 55 000 entreprises artisanales devront être transmises en Provence-Alpes-Côte d’Azur, soit près d’un quart des sociétés. Un défi majeur pour l’emploi et le maintien de l’activité sur les territoires. Pour l’Union régionale des Scop et Scic, cette vague de transmissions représente aussi une opportunité de développer le modèle coopératif en sensibilisant les dirigeants à une solution encore trop souvent méconnue. « Très souvent, les chefs d’entreprise qui souhaitent transmettre oublient qu’ils serrent chaque jour la main de personnes qui possèdent déjà le savoir-faire et le savoir-être nécessaires pour reprendre leur entreprise, souligne Franck Maillé. C’est un message que nous portons régulièrement. En transmettant à leurs salariés, les dirigeants préservent l’ancrage territorial de leur entreprise et contribuent à maintenir l’activité économique locale. »
Une convention pour préparer les transmissions

Le temps fort de cette assemblée générale a été la signature d’une convention de partenariat entre l’Union régionale des Scop et Scic Paca Corse et la Chambre de métiers et de l’artisanat Provence-Alpes-Côte d’Azur. Cette convention marque le début d’un travail commun entre les deux organisations. Elle vise à mieux faire connaître le statut de Scop auprès des artisans et à identifier les entreprises dont la transmission pourrait être assurée par leurs salariés. « Cette convention doit permettre d’acculturer nos agents au statut de Scop, explique Yannick Mazette, président de la Chambre de métiers et de l’artisanat Provence-Alpes-Côte d’Azur. Nous allons également identifier les entreprises à transmettre et voir si leurs salariés souhaitent s’engager dans une reprise sous la forme d’une Scop. » Au-delà de l’identification des projets de reprise, le partenariat prévoit un accompagnement des salariés candidats à la reprise, notamment sur les questions de gestion, de gouvernance et de communication propres aux sociétés coopératives. Une nouvelle étape pour renforcer le développement des Scop et des Scic sur le territoire régional et préserver un tissu économique de proximité.
Reportage Joël BARCY



