Le ton était celui de l’urgence stratégique. À l’occasion des vœux aux armées prononcés sur la base aérienne d’Istres, Emmanuel Macron a d’abord mis en avant l’actualité du jour dans l’Arctique : la France participe à l’exercice « Arctic Endurance » au Groenland, à la demande du Danemark. « Une première équipe de militaires français est déjà sur place », a-t-il annoncé, précisant qu’elle sera renforcée « dans les prochains jours » par des moyens terrestres, aériens et maritimes. Pour le chef de l’État, cette décision illustre la posture qu’il veut voir s’affirmer en Europe : « être disponible » et « aux côtés d’un État souverain pour protéger son territoire ».

Arctique : « protéger son territoire »
En citant le Groenland, territoire autonome du royaume de Danemark, Emmanuel Macron a placé ses vœux sous le signe de la solidarité européenne et atlantique, estimant que les Européens ont « une responsabilité particulière » dans cette zone. Il a remercié le chef d’état-major des armées d’avoir « rapidement » organisé la réponse française. Le Président y voit une démonstration concrète d’une Europe de la défense qui « est une réalité » et qui doit, selon lui, continuer à se traduire par des actions et des déploiements.
Ukraine : « ne doutons pas de nous-mêmes »
Le chef de l’État a ensuite longuement insisté sur l’Ukraine et sur la montée en puissance d’une « Coalition des volontaires » rassemblant « 34 pays ». Emmanuel Macron a voulu afficher une confiance offensive : «Ne doutons pas de nous-mêmes », a-t-il lancé, en jugeant que les Européens ont désormais la capacité d’être crédibles « face à un risque de réengagement russe ». Il a aussi mis en exergue la construction de garanties de sécurité « pour le jour d’après », évoquant notamment une « force de réassurance » et une organisation plus intégrée des efforts européens, présentée comme une étape « massive et historique ». Et de résumer l’état d’esprit recherché : « Nous sommes prêts ».
« Une année particulièrement lourde »
Avant d’annoncer de nouveaux moyens, Emmanuel Macron est revenu sur 2025, qu’il a qualifiée d’année « particulièrement lourde ». Il a cité une série d’engagements opérationnels, en métropole, outre-mer et à l’extérieur, et a remercié les militaires « au nom des Français » pour leur « engagement » et leurs « sacrifices ». Le Président a eu une pensée pour les blessés et pour les morts au combat, citant le sergent « Jimmy Gosselin », décédé en Guyane.
Défense : « l’accélération des périls commande d’accélérer le réarmement »

Le chef de l’État a rappelé l’engagement pris en 2017 d’augmenter les moyens militaires et d’atteindre « 2 % du produit intérieur brut » consacrés à la défense en 2025. « Nous l’avons fait et nous y sommes », a-t-il assuré. Emmanuel Macron a ensuite confirmé l’accélération de la trajectoire budgétaire : l’objectif d’un budget annuel de défense de « 64 milliards d’euros » est avancé à 2027. Il a annoncé une actualisation de la loi de programmation militaire prévoyant, sur 2026-2030, un effort supplémentaire de « 36 milliards d’euros », dont « 3,5 milliards d’euros dès 2026 ». Le tout avec une justification martelée : « L’histoire ne pardonne ni l’impréparation ni la faiblesse ».
Munitions, souveraineté, drones : les chantiers mis en avant
Dans les priorités, Emmanuel Macron a d’abord cité la reconstitution des capacités de durée, avec une augmentation des « stocks de munitions de tous types » et un renforcement de la préparation opérationnelle. Il a ensuite détaillé un volet souveraineté articulé autour d’une capacité d’« alerte avancée » combinant spatial et radars, de l’initiative « JEWEL », et d’une accélération des capacités spatiales, y compris des constellations en orbite basse. Il a aussi insisté sur les feux « dans la très grande profondeur » et sur la défense sol-air, mettant en avant le « SAMP/T Nouvelle Génération », qu’il a présenté comme « la meilleure au monde ».
Sur la modernisation, le Président a appuyé sur la question des drones et a reconnu un retard : « Nous sommes en retard ». Il a appelé à « réagir vite et fort » et a évoqué des investissements dans « le quantique » et « l’intelligence artificielle ».
Service national : « les premiers appelés » en septembre
Autre annonce structurante : un effort de « plus de 2 milliards d’euros » sur 2026-2030 pour le service national. Emmanuel Macron a indiqué que la campagne de recrutement venait de démarrer et que « les premiers appelés du service national feront leur classe » en septembre. Il a présenté ce dispositif comme un outil de « résilience de la nation » et un renforcement du « pacte armée-nation ».
Condition militaire : accent sur les blessés psychologiques
Le Président a rappelé plusieurs mesures engagées ces dernières années et a demandé à la ministre des Armées « d’accélérer les mesures en faveur des blessés », « tout spécialement les blessés psychologiques ». Il a souhaité un bilan de ce plan « avant le 13 juillet prochain », en réaffirmant que la fidélisation et la reconnaissance sont au cœur de l’efficacité des armées.
Industrie de défense : « produisez plus vite, produisez en masse »
Enfin, Emmanuel Macron a adressé un message direct aux industriels, estimant que la France n’était pas encore pleinement en « économie de guerre ». Il a appelé à accélérer les cadences : « produisez plus vite, produisez en masse, produisez plus léger », a-t-il demandé, en avertissant que « vos clients d’hier sont vos compétiteurs d’aujourd’hui ». Le chef de l’État a également insisté sur l’objectif d’« acheter européen » et de « produire européen », afin de réduire les dépendances et d’éviter que l’urgence ne favorise des équipements non européens.
Et, en guise de conclusion, Emmanuel Macron a condensé sa ligne stratégique en une formule martelée comme une doctrine : « Pour rester libre, il faut être craint ; pour être craint, il faut être puissant ».
Patricia CAIRE



