Publié le 2 juin 2026 à 19h43 - Dernière mise à jour le 2 juin 2026 à 19h43
Le directeur du Théâtre national de Marseille, Robin Renucci, a dévoilé la programmation 2026-2027. Une saison placée sous le signe de la transmission, de la création et de l’ouverture à tous les publics, malgré un contexte budgétaire difficile pour le monde culturel.

« La Criée est un lieu de création et de partage. » La formule de Robin Renucci résume à elle seule l’esprit de la saison 2026-2027 du Théâtre national de Marseille. Une programmation qui s’inscrit dans la continuité du projet qu’il porte depuis son arrivée à la tête de l’institution : faire du théâtre un lieu de création, de transmission et de rencontre avec les publics.
La philosophie de cette nouvelle saison tient en quelques mots : « Le théâtre est un lieu d’orée, de seuil et de naissance, sur le port, entre l’eau et la terre. La saison interroge la transmission et ce qui relie les générations : la genèse avec “Le 6e Jour” de Catherine Germain, les zones d’ombre et de lumière avec les mémoires coloniales occultées et les femmes de la Résistance, puis la propagation avec le déni écologique et le rapport au cosmos. Il ne devient vivant que si l’onde se propage dans la cité », détaille le directeur. « De la mer à la terre où se joignent les mondes. De l’ondée à l’orée et de l’orée à l’onde » : tel sera le fil conducteur de cette saison qui entend « ouvrir les seuils malgré les contraintes, faire circuler les paroles malgré les obstacles et préparer des sols fertiles pour les générations qui viennent ». Ces générations sont au cœur du projet. Étudiants de l’ERACM, élèves de la maternelle à l’université, groupes de pratiques artistiques amateurs, structures sociales, médicales, carcérales ou liées au handicap participeront à cette dynamique. Au total, près de 400 actions seront proposées.
La saison 2026-2027 représentera 49 projets artistiques, 207 levers de rideau et 79 500 places mises en vente. Travaux obligent, La Criée poursuivra également son ouverture vers le territoire avec seize projets accueillis notamment à La Friche Belle de Mai, à la MAM, au Théâtre de la Joliette, au Théâtre Antoine Vitez d’Aix-en-Provence, à l’Astronef ou encore à la Citadelle de Marseille. Autre particularité du lieu : La Criée continue de fabriquer sur place costumes et décors, affirmant ainsi son rôle de théâtre de création au sens plein du terme.
« Un théâtre à la hauteur de ses ambitions »

Les représentants des collectivités partenaires ont unanimement salué le travail accompli. « Robin Renucci a mis ce théâtre à la hauteur de ses ambitions », a déclaré Nicole Joulia, vice-présidente du Département déléguée à la culture. Même soutien du côté de la Région avec Michel Bissière, conseiller régional délégué à la vie artistique et culturelle : « Nous sommes heureux de vous accompagner. » Gwenaël Richerolle, adjoint au maire de Marseille délégué au patrimoine municipal et aux équipements culturels, a rappelé quelques chiffres marquants : quatorze créations produites en quatre ans, 76 000 spectateurs lors de la dernière saison et un taux de fréquentation de 96 %. « Le théâtre est essentiel. Il a pour fonction d’interroger les citoyens et de partir à la rencontre des publics les plus éloignés de la culture », a-t-il souligné. Louis Burle, directeur général adjoint des affaires culturelles de la Ville, a pour sa part insisté sur la capacité de La Criée à s’inscrire dans le temps long, loin de l’instantanéité qui caractérise souvent notre époque. Ces marques de soutien prennent un relief particulier alors que le secteur culturel traverse une période de fortes tensions budgétaires. Un contexte que Robin Renucci n’a pas éludé, appelant à la mobilisation collective pour préserver l’ambition artistique.
Vingt-deux créations au programme

La création demeure au cœur de la programmation avec vingt-deux spectacles à l’affiche. Parmi les temps forts figurent L’Hors-présence de Tiphaine Raffier, Bord de mer de Véronique Olmi mis en scène par Muriel Mayette-Holtz, Le Château des Carpathes de Jules Verne par Émilie Capliez ou encore La Rive de Louise Vignaud, présente lors de cette présentation de saison. Les créatrices occupent une place importante dans cette programmation. Kristina Chaumont est attendue avec Ma pensée creuse et La Tête loin des épaules, tandis que Pauline Sales proposera Un moment suspendu. Rebecca Chaillon présentera La Parabole du Seum, un spectacle qui prend Marseille comme point d’ancrage et la rencontre comme horizon. Autre rendez-vous très attendu : L’École des femmes de Molière, mise en scène par Robin Renucci avec François Morel. Le spectacle sera d’abord présenté au Château de Grignan avant d’être accueilli à La Criée du 5 au 24 janvier 2027. Les grandes figures féminines traverseront également la saison avec La Guerre n’a pas un visage de femme, adaptée de l’œuvre de Svetlana Alexievitch par Julie Deliquet, ou encore Marie Stuart de Friedrich von Schiller mise en scène par Chloé Dabert dans le cadre d’une coproduction avec Les Théâtres.
Musique, danse et nouvelles productions
La musique occupera également une place importante grâce au partenariat avec Marseille Concerts. La danse sera représentée notamment par Soulèvement d’Angelin Preljocaj, proposé en co-programmation avec Les Théâtres. Dix coproductions jalonneront également la saison. Enfin, La Criée prépare déjà l’avenir avec deux productions prévues à l’automne 2027 et à l’automne 2028 sous la direction de Robin Renucci : L’Effet Mercutio de Guillaume Poix et Dehors la vie de Delphine de Vigan, deux projets encore provisoirement intitulés.
Le Théâtre national de Marseille accueillera également plusieurs grands rendez-vous culturels parmi lesquels le Festival de Marseille et Oh les beaux jours. « Comme les précédentes, cette saison dessine un mouvement qui raconte un passage, un franchissement du seuil pour aller vers la circulation et la propagation », résume Robin Renucci. Une manière d’affirmer que, malgré les incertitudes qui traversent aujourd’hui le monde culturel, La Criée entend poursuivre sa mission : faire dialoguer l’exigence artistique, les territoires et les générations.
Jean-Rémi BARLAND



