Grand entretien avec Jean-Christophe Amarantinis: « Je veux une UPE 13 toujours plus utile aux entreprises »

Publié le 5 juin 2026 à 7h30 - Dernière mise à jour le 5 juin 2026 à 7h23

Élu récemment à la présidence de l’UPE 13, Jean-Christophe Amarantinis entend placer son mandat sous le signe du service aux adhérents, de l’attractivité du territoire et du renforcement de l’influence de l’organisation patronale. Dans un contexte économique qu’il juge particulièrement préoccupant, il évoque pour Destimed les difficultés de recrutement, la fiscalité, la mobilité, le logement, l’intelligence artificielle et les défis auxquels sont confrontées les entreprises des Bouches-du-Rhône. Entretien.

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Jean-Christophe Amarantinis, récemment élu président de l’UPE 13, détaille sa feuille de route pour les entreprises du territoire. © Patricia Caire

Vous êtes adhérent de l’UPE 13 depuis plus de trente ans. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’en prendre aujourd’hui la présidence ?

Mon engagement patronal ne date pas d’hier. Je suis impliqué depuis plus de trente ans dans le militantisme patronal et, depuis 2020, je préside au niveau national le Synerpa. J’ai rejoint le conseil exécutif de l’UPE 13 en 2023 sous la présidence de Philippe Korcia, puis le bureau l’année suivante. À travers ces responsabilités, j’ai découvert encore davantage les enjeux économiques du territoire. Lorsque l’élection à la présidence s’est préparée, j’ai estimé que c’était le moment d’élargir mon engagement. J’avais envie de revenir davantage vers le terrain, vers les Bouches-du-Rhône, tout en mettant à profit mon expérience nationale. La présidence d’une organisation interprofessionnelle permet de représenter l’ensemble des filières économiques et pas seulement celle dont je suis issu. C’est un défi qui m’a motivé.

« Améliorer le service rendu aux adhérents »

Quelle sera votre marque personnelle à la tête de l’UPE 13 ?

Ma première décision a été de constituer une équipe avec une nouvelle directrice générale. C’était pour moi une condition importante afin de pouvoir mettre en œuvre le projet que j’ai présenté aux adhérents. La priorité absolue de mon mandat sera l’amélioration du service rendu aux entreprises adhérentes. Dans une période difficile, chaque euro de cotisation doit trouver sa traduction dans un accompagnement concret. Nous allons renforcer les services existants et en développer de nouveaux, notamment sur des sujets comme l’intelligence artificielle ou l’accompagnement des très petites entreprises et des indépendants. Je souhaite également faire progresser la place des femmes dans les instances de gouvernance. Le monde économique doit davantage refléter la société. Cela passera par une présence accrue des femmes dans nos commissions, dans notre conseil exécutif et au sein du bureau. Enfin, la jeunesse sera une priorité. Les difficultés de recrutement concernent aujourd’hui toutes les filières. Nous devons mieux faire connaître les entreprises, leurs métiers et leurs opportunités. Cela passe par davantage de communication, de partenariats avec les organismes de formation et une présence renforcée auprès des jeunes.

Comment un chef d’entreprise accepte-t-il aujourd’hui de consacrer autant de temps à l’engagement patronal ?

Je reste avant tout chef d’entreprise. C’est mon métier et ma passion. J’ai la chance d’être entouré d’équipes solides qui me permettent aujourd’hui de consacrer davantage de temps à mes engagements patronaux, tant au niveau national qu’au niveau local. Je considère aussi que j’ai beaucoup reçu au cours de mon parcours professionnel. De nombreuses personnes m’ont accompagné, conseillé et aidé. Aujourd’hui, j’ai envie de rendre ce que j’ai reçu. C’est une forme de retour d’ascenseur. J’ai envie d’aider d’autres entrepreneurs à réussir à leur tour.

« Nous sommes dans un véritable frein de l’économie »

 Vous prenez la présidence de l’UPE 13 dans un climat économique particulièrement tendu. Quel est aujourd’hui l’état d’esprit des chefs d’entreprise ?

Ce qui les inquiète le plus, c’est l’absence de visibilité. Une absence de visibilité fiscale, économique et politique. Nous sommes à l’approche d’échéances majeures et les entrepreneurs ont le sentiment d’évoluer dans un environnement où personne ne sait réellement ce qui sera décidé demain. Cette incertitude freine les investissements, ralentit les recrutements et complique les projets de développement. Notre rôle est de porter ces inquiétudes auprès des décideurs publics et de contribuer à rétablir un cadre plus lisible pour les entreprises.

 Pensez-vous que nous traversons simplement un ralentissement économique ou assiste-t-on à un changement de cycle plus profond ?

Nous sommes plus que dans un ralentissement. Aujourd’hui, nous sommes dans un véritable frein de l’économie. Ce contexte n’est bon ni pour l’emploi ni pour la croissance. À cela s’ajoutent les tensions internationales qui impactent directement les coûts d’exploitation et la visibilité des entreprises. Je pense effectivement que nous arrivons à la fin d’un cycle et qu’il faudra trouver de nouveaux leviers de croissance et de développement.

Attractivité : mobilité, logement et recrutement

Selon vous, quels sont les principaux points de fragilité du territoire en matière d’attractivité économique ?

Malgré les progrès réalisés ces dernières années, nous souffrons encore d’un problème d’image. Lorsque je me rends à Paris dans le cadre de mes fonctions nationales, je constate que certaines personnes ont encore une vision caricaturale de Marseille et de son territoire. À cela s’ajoutent des difficultés concrètes : la mobilité, le logement et les tensions de recrutement. Les déplacements sont souvent compliqués, certains secteurs restent mal desservis et les entreprises peinent à attirer des talents. Dans certaines zones, le logement est devenu difficile d’accès ou trop coûteux. Tout cela pèse sur l’attractivité du territoire.

 Les entreprises financent largement les transports via le versement mobilité. Estimez-vous que le retour est aujourd’hui à la hauteur des efforts consentis ?

Clairement non. Les chefs d’entreprise contribuent financièrement à ce dispositif et, dans le même temps, une grande majorité estime que les difficultés de déplacement de leurs salariés restent importantes. Quand une entreprise participe à un financement, elle est en droit d’attendre un service efficace. Or beaucoup d’entrepreneurs considèrent aujourd’hui que l’offre de mobilité n’est pas encore à la hauteur des besoins du territoire.

Fiscalité : la vigilance des entreprises

Les difficultés financières annoncées de la Métropole vous inquiètent-elles ?

Oui, elles nous inquiètent. Nous suivons la situation avec attention. Ce que nous espérons avant tout, c’est que les solutions retenues ne passent pas par une augmentation de la pression fiscale sur les entreprises. Les entreprises traversent déjà une période complexe, marquée par l’inflation, la baisse de visibilité et le ralentissement de l’activité. Une nouvelle hausse de fiscalité serait très difficile à absorber pour beaucoup d’entre elles.

 Les TPE et PME sont-elles aujourd’hui plus fragiles que les grandes entreprises ?

Je ne crois pas qu’il faille opposer les petites et les grandes entreprises. Bien sûr, les grands groupes disposent souvent de réserves plus importantes. Mais lorsque le contexte économique se dégrade, toutes les entreprises sont touchées. Les grandes entreprises ralentissent également leurs investissements et leurs recrutements. Quand l’incertitude domine, c’est l’ensemble de la chaîne économique qui se met à freiner.

Le dernier baromètre de l’Ordre des experts-comptables évoque un recul du chiffre d’affaires et une hausse des défaillances d’entreprises. Comment analysez-vous cette situation ?

Nous sommes dans le sillage de ce qui se passe au niveau national. Les signaux sont préoccupants. Plusieurs entreprises importantes ont connu de graves difficultés ces derniers mois et les remontées du terrain sont inquiétantes. Les chefs d’entreprise sont fatigués et confrontés à une accumulation de contraintes qui freinent leur activité.

Les organisations patronales se sont récemment inquiétées des conséquences de la hausse du Smic et du gel de certains allègements de charges. Pourquoi ?

Nous ne contestons absolument pas la nécessité d’accompagner les salariés confrontés à l’inflation et aux difficultés du pouvoir d’achat. En revanche, nous attirons l’attention sur les conséquences pour les entreprises. Le problème est que l’augmentation du Smic s’accompagne d’une réduction des allègements sur les bas salaires. Pour beaucoup d’entreprises, cela représente une hausse significative du coût du travail. Dans un contexte déjà très tendu, cela risque d’accentuer les difficultés de nombreuses structures.

Comment jugez-vous les relations entre l’UPE 13 et les élus du territoire ?

Je suis un partisan du travail collectif. Je souhaite rencontrer l’ensemble des élus et des forces politiques. L’UPE représente des entreprises de toutes sensibilités et de tous secteurs. À ce titre, nous devons pouvoir dialoguer avec tout le monde. Notre rôle est de porter la voix des entrepreneurs, d’expliquer leurs difficultés et de participer à la recherche de solutions. Je crois profondément à la concertation.

 Les entreprises sont-elles suffisamment entendues ?

Oui, elles sont entendues. Lorsque vous représentez plus de 13 000 adhérents et des dizaines de milliers de salariés, vous êtes forcément identifiés comme un acteur majeur du territoire. La question est plutôt de savoir dans quelle mesure les propositions portées par le monde économique sont reprises. C’est aussi pour cela que mon expérience nationale constitue un atout. Elle nous permettra de faire remonter plus efficacement les préoccupations des entreprises au plus haut niveau.

À quoi reconnaîtra-t-on, dans trois ans, une présidence Amarantinis réussie ?

Je me fixerai d’abord un objectif très concret : que les adhérents considèrent que le service rendu par l’UPE 13 s’est amélioré. Si, dans trois ans, une très large majorité d’entre eux estime que nous avons su les accompagner efficacement, développer de nouveaux services et répondre davantage à leurs attentes, ce sera déjà une réussite. Le second indicateur sera l’emploi. Toutes les filières sont aujourd’hui confrontées à des difficultés de recrutement. Si nous parvenons, grâce à nos actions, nos partenariats et notre travail de terrain, à rapprocher davantage les entreprises des talents qu’elles recherchent, alors nous aurons rempli une part importante de notre mission. Faciliter le recrutement et renforcer l’attractivité de nos métiers seront des marqueurs essentiels de ce mandat.

Intelligence artificielle, vieillissement et transition écologique

Vous venez du secteur de la santé. Le vieillissement de la population représente-t-il davantage un défi ou une opportunité ?

Les deux. C’est un défi considérable pour notre société. Le vieillissement va avoir des conséquences sur les systèmes de santé, les politiques de dépendance, les besoins de financement et les ressources humaines. Mais c’est également une formidable opportunité économique. Cela va nécessiter de nouveaux métiers, de nouvelles compétences, des investissements importants et des innovations. La silver économie représente un secteur d’avenir qui créera de nombreux emplois dans les années à venir.

L’intelligence artificielle vous inquiète-t-elle ?

Non. Je considère l’intelligence artificielle comme un outil au service des entreprises et de leurs salariés. Elle peut améliorer l’efficacité, faciliter certaines tâches et renforcer l’attractivité des entreprises. En revanche, il ne faut pas croire qu’elle réglera à elle seule les difficultés de recrutement ou les tensions sur l’emploi. Nous aurons toujours besoin de compétences, de savoir-faire et d’humains dans nos entreprises.

 Dans un contexte économique difficile, la transition écologique reste-t-elle une priorité ?

Oui, parce que nous n’avons pas le choix. Les enjeux climatiques imposent une adaptation progressive de nos modèles de production. Je pense toutefois qu’il faut permettre à chaque entreprise d’avancer à son rythme. Cette transition peut aussi devenir une opportunité pour améliorer les performances énergétiques, réduire certaines charges d’exploitation et renforcer la souveraineté énergétique de notre territoire.

« Faites-nous confiance »

Si vous aviez un seul message à adresser aux responsables politiques du territoire, quel serait-il ?

Nous savons que la situation est difficile. Mais faites-nous confiance. Ensemble, nous pouvons trouver des solutions. Les entreprises veulent être considérées comme des partenaires et participer pleinement aux réponses qui devront être apportées aux défis économiques du territoire.

 Dernière question. Si vous disposiez demain de 500 millions d’euros pour renforcer l’attractivité du territoire, où investiriez-vous en priorité ?

Je concentrerais les efforts sur quatre priorités : la sécurité, la propreté, la mobilité et le logement. Ces sujets conditionnent directement l’attractivité du territoire. Si nous améliorons ces quatre aspects, nous faciliterons l’installation des entreprises, l’arrivée de nouveaux talents et le recrutement. C’est selon moi la condition préalable à un véritable choc d’attractivité.

Propos recueillis par Patricia CAIRE

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