Publié le 17 juin 2026 à 12h31 - Dernière mise à jour le 17 juin 2026 à 12h31
Jamais les maires de la Métropole Aix-Marseille-provence n’auront autant jonglé avec ces deux sigles, nerfs de la guerre pour constituer leur budget. AC (Attributions de compensation) et DSC (Dotation de contribution communautaire) sont devenues, ces derniers temps, leur bréviaire. Mais quèsaco ? Pourquoi la Chambre régionale des comptes (CRC) voulait réduire la DSC et le préfet a-t-il opté pour les AC ? Vous avez 4 heures pour comprendre.

Remise en ordre
Tous les élus s’accordent sur un point : la Métropole est mal née, souffre de multiples travers que personne n’a vraiment voulu régler depuis sa création en 2016, malgré les alertes de la Chambre régionale des comptes dès 2022. L’argent tombait, donc aucune raison de toucher à quelque chose. De fâcher l’un ou l’autre des 92 maires. La Métropole était bancale mais on pouvait vivre en claudiquant. Seulement, quand l’État a commencé à réduire sa dotation annuelle, le trou budgétaire est apparu. 144 millions de déficit pour l’exercice 2026. Or un budget doit être sincère et voté à l’équilibre.
Le cadeau au président !
Même s’il n’ignorait rien de la situation financière de la Métropole, Nicolas Isnard, fraîchement élu président, s’est retrouvé devant un mur. Boucler un budget équilibré en trouvant en 10 jours les dizaines de millions manquants. Adepte de l’œcuménisme, il a réussi à fédérer les maires de la métropole -y compris le maire de Marseille, Benoît Payan- autour du refus de boucler le budget et de le voter. Un geste inédit pour une collectivité de cette taille, qui pèse quelque 5 milliards d’euros. Le préfet des Bouches-du-Rhône a pris acte et a demandé à la Chambre régionale des comptes de lui faire des propositions et de donner un avis qu’il suivrait totalement ou partiellement. Dans les travées de l’hémicycle et sur le parvis de la Métropole on commence à évoquer deux termes barbares, les AC et la DSC. Des sommes que reversent la Métropole aux communes et qui pourraient être amputées pour réduire le déficit. La CRC osera-t-elle y toucher. La DSC c’est possible imaginent des élus, les AC certainement pas, trop complexes et trop polémiques.
30 jours plus tard…
Pendant un mois la CRC s’est penchée sur le budget métropolitain. Un exercice inédit par son ampleur car ce n’est pas un mais 14 budgets qu’il faut étudier. Inédit aussi par les sommes engagées. 5 milliards d’euros. D’ordinaire une collectivité bâtit son budget sur plusieurs mois. Là, la CRC a dû tout boucler en 30 jours. Même si elle ne partait pas d’une page blanche l’exercice relève de l’exploit. Ligne après ligne il a fallu voir où on pouvait opérer des économies et trouver non pas les 123 millions évoqués par la Métropole, dans un premier temps, mais 144 millions.
Taper dans la DSC
En rognant un maximum sur les dépenses, sur les subventions, les emplois, les conseillers de la CRC sont parvenus à une économie de 91 millions d’euros. Restait 53 millions à trouver. Plus d’autres pistes que de taper dans la DSC (la Dotation de solidarité communautaire) mise en place en 2023 pour rééquilibrer l’aide aux communes. A peine née, la voilà déjà anéantie. Elle était prévue à hauteur de 66 millions d’euros mais les magistrats préconisent un sérieux coup de rabot en retirant les 53 millions «à trouver». A l’arrivée, il ne restera plus que… 13 millions. C’est cet avis que les magistrats ont remis au préfet. Plus grosse ville de la Métropole, Marseille perd d’un trait de plume 36 millions d’euros dans l’opération mais bizarrement Benoît Payan ne monte pas au créneau. On se dit qu’il doit y avoir anguille sous roche et que la version finale du préfet pourrait connaître une variation. Dans le mille.
Toucher aux AC
Personne n’y croyait, mais le préfet l’a fait. S’il a validé les 91 millions d’économies contenues dans l’avis de la CRC, il refuse de toucher à la DSC, outil de solidarité et de rééquilibrage entre communes. En revanche il s’attaque à un vieil héritage, à un totem : les AC (Attributions de compensation). Des sommes rondelettes versées aux communes par la Métropole à l’occasion de transferts de compétences de l’intercommunalité vers la ville concernée. Or la CRC, comme le préfet, estiment que ces transferts sont fictifs et que 178 millions reversés par la Métropole sont indus. Certaines communes ont beaucoup à perdre dans l’opération. Martigues touche 29 millions d’euros d’AC, Aix-en Provence (28 millions), Istres (16 millions), Vitrolles (6,9 millions). Le préfet ne désigne pas de villes cibles, il renvoie à la Métropole la responsabilité de répartir l’effort. Il ose et tant pis si le président de la Cour régionales des comptes estimait cela « impossible ».
Exercice périlleux
Un exercice difficile tant certaines communes, on vient de le voir, sont biberonnées aux AC. L’opération rabotage est ardue car il faudra une majorité qualifiée des 3/5 pour valider l’opération au sein de la Métropole et dans les communes où les maires n’auront pas envie de se faire hara-kiri trois mois après leur élection. L’œcuménisme entretenu par Nicolas Isnard perdurera-t-il dans la Métropole après la petite bombe lâchée par le préfet, c’est toute la question ?
Joël BARCY



