Aix-Marseille Provence. Les maires de la métropole rejettent le budget et défient l’État

Publié le 22 avril 2026 à 14h29 - Dernière mise à jour le 22 avril 2026 à 14h30

Les maires de la Métropole Aix-Marseille Provence ont massivement refusé de voter le budget, un scénario inédit qui ouvre la voie à une possible mise sous tutelle de l’État. En toile de fond, un déficit de 123 millions d’euros que les élus imputent à la baisse des dotations.

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Budget rejeté : premier bras de fer pour Nicolas Isnard © Joël Barcy

La décision flottait dans l’air depuis quelque temps. Les élus de la Métropole allaient-ils oser refuser de voter le budget au risque de se mettre sous la coupe du préfet ? Finalement ils l’ont fait. Lors d’une consultation des 92 maires une très grande majorité s’est dessinée un non.

Fait inédit

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Les 92 maires de la métropole ont, à une très large majorité, rejeté ce budget d’austérité jugé insoutenable © Joël Barcy

 

C’est la première fois depuis dix ans que le budget ne devrait pas être voté. Lors de cette consultation, les 92 maires ont, à une très large majorité, rejeté ce budget d’austérité jugé insoutenable. En toile de fond, l’ampleur du déficit, estimé à 123 M€, que les élus imputent à la baisse drastique des dotations de l’État, soit une perte de 120M€ en deux ans.

« Les élus refusent d’être tondus, insiste, Nicolas Isnard,  le président de la Métropole. Nous voulons mettre l’État devant ses responsabilités. Si l’État ne réagit pas, le budget ne sera pas voté et les magistrats de la chambre régionale des comptes s’en saisiront pour l’équilibrer. Le préfet tranchera ensuite. Les maires ne voulaient pas accabler fiscalement les contribuables simplement parce que l’État décide, du jour au lendemain, de réduire ses aides. » Derrière cette position, un calcul politique assumé qui est de  faire pression sur l’État en prenant le risque de lui laisser la main sur l’équilibre budgétaire.

« Un budget insoutenable »

Pour combler les 123 millions d’euros, plusieurs pistes étaient envisagées : des économies de plusieurs dizaines de millions et une hausse conséquente des impôts. Des options jugées inacceptables par le maire de Marseille. « Il est hors de question de faire des coupes sombres dans les subventions et les politiques volontaristes. Il était hors de question, en tout cas pour moi, d’augmenter le prix des transports en commun. En l’état, la décision est de ne pas voter ce budget, qui est insoutenable. » Selon Benoît Payan, le préfet a conscience que la situation doit évoluer et qu’un nouveau pacte financier et fiscal doit être trouvé au sein de la Métropole. « C’est un appel, conclut la maire d’Aix-en-Provence. Un appel à l’aide, tout simplement. »

Opération à risques

Une douzaine de maires auraient toutefois souhaité voter le budget, conscients que renvoyer la décision au préfet comporte des risques. Si l’État ne revient pas, au moins en partie, sur la baisse des dotations, il reviendra au préfet de décider des économies à réaliser et des hausses d’impôts. « C’est le risque. On peut se retrouver avec une augmentation des impôts beaucoup plus lourde que si nous l’avions décidée nous-mêmes », estime Jean-David Ciot, le maire (PS) de Puy-Sainte-Réparade. En choisissant le blocage, les élus prennent donc le risque de perdre la maîtrise des arbitrages budgétaires, et de voir s’imposer des décisions plus dures que celles qu’ils refusaient d’assumer. Le bras de fer est désormais engagé. Les élus métropolitains espèrent en sortir gagnants, mais l’État, lui-même contraint budgétairement, fait face à de multiples dépenses. Entendra-t-il la fronde venue du territoire ? C’est une question à 123 M€ .

Reportage Joël BARCY

 

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