Publié le 23 avril 2026 à 9h51 - Dernière mise à jour le 23 avril 2026 à 9h54
Finaliste du Prix des Maisons de la Presse, Jérôme Loubry signe avec « Le garçon éternel » un thriller ambitieux où se mêlent mémoire, manipulation et légende. Un roman à la construction vertigineuse, qui entraîne le lecteur dans un jeu de pistes aussi déroutant que maîtrisé.

Un thriller où mémoire, folie et vengeance tissent une légende meurtrière
Vertigineux dans sa construction où passé, présent, et une légende se télescopent, inventif dans sa forme qui s’attache à décrire une même réalité sous plusieurs angles « Le garçon éternel », le nouveau polar de Jérôme Loubry se retrouve finaliste du Prix des Maisons de la presse. Dans ce thriller où l’on va de surprises en surprises, où savamment l’auteur brouille les pistes, la parole est donné à Cédric Lepront, un journaliste rongé par le départ de sa femme Laura Pesson et qui demeure en lien professionnel avec un certain Émile Vanderheyden, millionnaire ayant hérité d’une fortune bâtie dans l’industrie du bois, du métal et du gaz naturel.
C’est lui Cédric, le narrateur de cette histoire à tiroirs qui vient d’accepter de retranscrire les mémoires d’un vieil homme qui nous plongent dans la vie d’une mère dévouée à son fils, à la fin des années 1980 sans se douter qu’il vient de mettre au grand jour un terrible secret. Parallèlement et on verra que les deux histoires s’emboîtent, deux adolescents partis chercher le succès en filmant leur aventure découvrent dans la forêt de Meillant, située dans le département du Cher, un cadavre d’une femme dont les pieds et les mains ont été amputés. Chargés de l’enquête l’inspectrice Manon Rousseau et son adjoint Salim, dont la sœur Lydia, habitant Marseille a suivi des cours à l’académie d’Aix-en-Provence auront mille difficultés pour faire éclore la vérité. Surtout qu’un deuxième cadavre est identifié.
Manipulation mentale
Figure centrale du roman, le psychiatre Philippe Douzil intrigue autant qu’il dérange. À travers lui, Jérôme Loubry explore la manipulation mentale, thème au cœur du récit. Peut-on modifier les souvenirs d’un patient, changer un détail -la couleur d’une voiture- jusqu’à altérer la réalité elle-même ? Peut-on implanter de faux souvenirs ? Autant de questions qui traversent le texte et révèlent un auteur lui-même habile manipulateur. Nourri des romans de William S. Burroughs, notamment « Le festin nu », et des poèmes de Peter Handke, familier de la Sainte-Victoire, Jérôme Loubry convoque ici la légende locale du « garçon éternel », figure fantomatique qui hanterait la forêt. Songes, contes, peur diffuse : le roman mêle une galerie de personnages hétéroclites, parmi lesquels le commissaire Tournier, dont la gravité annonce rarement de bonnes nouvelles. Entre clochettes funéraires et eaux silencieuses d’un lac chargé de secrets, le récit progresse jusqu’à un final explosif. « Le garçon éternel » s’impose comme un thriller dense, déroutant et parfaitement maîtrisé, et révèle un auteur qui fait de la manipulation un véritable terrain d’écriture.
Jean-Rémi BARLAND
« Le garçon éternel » par Jérôme Loubry chez Calmann-Lévy – 482 pages – 21,90 €




