Au Camp des Milles, face à des collégiens les derniers enfants cachés sous l’occupation racontent …

Publié le 5 juin 2026 à 20h41 - Dernière mise à jour le 5 juin 2026 à 20h41

Près de quatre-vingts ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, 29 anciens enfants cachés pour échapper aux rafles antisémites se sont retrouvés au Camp des Milles. Face à des collégiens venus les écouter, ils ont raconté une enfance marquée par la peur, le silence et la clandestinité. Des témoignages bouleversants qui rappellent combien la mémoire demeure essentielle à l’heure où disparaissent peu à peu les derniers témoins de cette période sombre de l’Histoire.

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Le Camp des Milles © Joël Barcy

Une mémoire toujours vivante

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Les anciens enfants cachés ont partagé leurs souvenirs devant plusieurs dizaines de collégiens réunis au Camp des Milles © Joël Barcy

L’ancien camp d’internement des Milles a accueilli une rencontre exceptionnelle. Vingt-neuf anciens enfants cachés sous l’Occupation sont venus témoigner devant des élèves de deux collèges. Une vingtaine d’entre eux avaient fait le déplacement depuis Lyon, les autres venaient de Marseille. Leurs parcours diffèrent, mais tous portent encore les traces de ces années passées à vivre dans la peur. « Évidemment les parents avaient une trouille immense et nous, on ressentait ça », raconte Charles Lastmann. « On a changé de nom. Moi je m’appelais Charles Rougier et ma mère Rose Lenoir. On nous éduquait, on nous disait : quand tu vas faire pipi, fais attention que personne ne regarde parce que les juifs sont circoncis. Ça, dans la tête d’un enfant de six ans, je peux vous dire que ça remue. » Renée Peres a, elle aussi, conservé des souvenirs très précis de cette période. Cachée avec sa famille dans un petit appartement à Bonneveine, à Marseille, elle se souvient d’une existence recluse. « On était vraiment presque dans le silence. Plus personne ne venait nous voir. On a la mémoire de tout ça, des lieux, de tout ce qui s’est passé. C’est une mémoire personnelle. »

Des blessures qui ne s’effacent jamais

Pour beaucoup, la guerre ne s’est jamais totalement achevée. Les traumatismes ont continué à habiter les familles bien après la Libération. Léon Sann se souvient d’une scène vécue avec sa mère lors d’une séance de cinéma où était projeté le film La Grande Vadrouille. « À un moment, on voit un défilé de soldats allemands à l’écran avec le bruit des bottes. Ma mère m’a dit : “On s’en va !” Elle était encore effrayée par ces sons. La peur ressurgissait. Vous vous rendez compte ? Même à la faveur d’un film. » Des décennies après les événements, certains souvenirs demeurent intacts, comme si le temps n’avait jamais totalement effacé l’angoisse vécue pendant l’Occupation.

Quand la mémoire rencontre la jeunesse

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Les collégiens ont écouté avec émotion les témoignages de celles et ceux qui ont vécu la clandestinité durant l’Occupation (Photo Joël Barcy)

Dans la salle, les collégiens écoutent en silence. Ils connaissent l’existence des enfants cachés à travers les manuels scolaires, mais la rencontre avec celles et ceux qui ont vécu cette histoire donne une autre dimension aux enseignements reçus en classe. « C’est vraiment touchant », confie Angelina, élève au collège d’Oraison. « On a de la chance d’avoir eu ces témoignages parce qu’ils nous permettent de comprendre ce que les gens ont vécu pendant la Seconde Guerre mondiale. » Emma, elle, se projette dans la situation des parents confrontés à la persécution. « Je pense que j’aurais fait la même chose. J’aurais protégé mes enfants quitte à perdre la vie. J’aurais tout fait pour qu’ils restent en vie et puissent raconter après. » Pour Galane, cette rencontre a rendu tangible une réalité difficile à imaginer. « C’est assez inimaginable que cela ait vraiment existé. Quand on rencontre les personnes qui l’ont vécu, on prend vraiment conscience de ce qui s’est passé. »

Comprendre les mécanismes qui conduisent au pire

Au-delà du devoir de mémoire, la Fondation du Camp des Milles cherche aussi à expliquer les mécanismes qui ont rendu possibles les persécutions. Pour Alain Chouraqui, président de la Fondation du Camp des Milles, les leçons de l’Histoire restent plus que jamais d’actualité. « Les sociétés en crise, en difficulté, ont besoin de repères et les repères, elles les trouvent parfois dans la désignation d’un ennemi. Ce besoin de boucs émissaires traverse les siècles et il a frappé massivement les juifs. » Cette transmission est au cœur de la mission du Camp des Milles. Comme l’a rappelé l’historienne Sylvie Altar, en 1940, les Juifs ne représentaient que 0,7 % de la population française. Pourtant, pour ces quelque 330 000 personnes, le régime de Vichy mettra en place une politique de persécution systématique.

Face aux collégiens venus les écouter, les anciens enfants cachés ont transmis bien plus que des souvenirs. Ils ont rappelé, par leur seule présence, que derrière les chiffres de l’Histoire se cachent des vies, des familles et des blessures qui traversent les générations.

Reportage Joël BARCY

 

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