Festival de La Roque d’Anthéron. Les frères Jussen, ou l’art de ne faire qu’un au piano

Publié le 25 juillet 2026 à 22h26 - Dernière mise à jour le 25 juillet 2026 à 22h26

Le duo néerlandais Lucas et Arthur Jussen a offert au public du Parc de Florans un récital à quatre mains et deux pianos d’une rare complicité. De Mozart à Rachmaninov, en passant par Schumann, Debussy et Ravel, les deux frères ont fait naître une musique où la virtuosité s’efface devant l’écoute mutuelle.

Destimed Lucas et Arthur JUSSEN partageant le piano Photo©Franck DENIS
Lucas et Arthur Jussen partageant le piano (Photo Franck Denis)

 

Ils jouent ensemble depuis l’enfance et cela s’entend dès les premières mesures. Lucas et Arthur Jussen n’ont pas besoin de se regarder pour respirer la même musique. Leur complicité est devenue leur signature, au point que le chef d’orchestre Michael Schønwandt résumait un jour leur talent d’une formule restée célèbre : « C’est comme conduire deux BMW. »

Solistes invités des plus grands orchestres internationaux, dirigés notamment par Ivan Fischer, Yannick Nézet-Séguin ou Jaap van Zweden, les deux pianistes néerlandais ont construit une carrière qui conjugue les grandes œuvres du répertoire et les créations contemporaines. À La Roque d’Anthéron, ils ont surtout confirmé ce qui fait leur singularité : une écoute permanente de l’autre, au service de la musique.

Une conversation musicale

Le programme ouvrait avec la Sonate à quatre mains en ut majeur K. 521 de Mozart. Les deux frères, partageant le même clavier, en ont donné une lecture lumineuse, toute de clarté et d’équilibre. Avec l’Andante et variations op. 46 de Schumann, écrit pour deux pianos, l’écriture plus dense révélait un univers où l’onirisme affleurait sans jamais perdre de sa précision. Le climat changeait ensuite avec La Valse de Ravel. Sous leurs doigts, le piano semblait repousser ses limites jusqu’à faire oublier l’absence d’orchestre. L’œuvre prenait une ampleur presque symphonique, tout en conservant une remarquable lisibilité. À l’inverse, les Six Épigraphes antiques de Debussy invitaient au recueillement. Les frères Jussen y privilégiaient la retenue, laissant s’installer une poésie délicate qui suspendait littéralement le temps.

Une virtuosité toujours au service de l’émotion

Le récital s’achevait avec la Suite n° 2 pour deux pianos op. 17 de Rachmaninov. Les quatre mouvements, nourris de rythmes de danse, éclataient avec une puissance maîtrisée, jamais démonstrative. Plus que la virtuosité, c’est cette capacité à construire un discours commun qui impressionnait. Le rappel réservait enfin une surprise aussi brillante qu’inattendue : la transcription réalisée par Igor Roma de La Chauve-Souris de Johann Strauss II. Entre Vienne, le jazz et le swing, cette ultime pièce apportait une touche de fantaisie qui souleva l’enthousiasme du public.

Sans effets inutiles, sans jamais chercher à attirer la lumière sur l’un plutôt que sur l’autre, Lucas et Arthur Jussen ont rappelé qu’un duo ne se résume pas à deux excellents pianistes jouant ensemble. Il est d’abord une conversation permanente, une confiance absolue et une respiration commune. Au Parc de Florans, cette évidence s’est transformée en un moment de musique d’une rare intensité.

Jean-Rémi BARLAND

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