Publié le 26 juin 2026 à 20h36 - Dernière mise à jour le 26 juin 2026 à 20h37
La procureure, Anne-Sophie Larrouy, a réclamé une peine de 4 ans de prison avec sursis à l’encontre de Georges Dahan propriétaire des lieux. Le ministère public a aussi réclamé la fermeture judiciaire définitive du Marché du soleil et la confiscation de l’ensemble immobilier, accusé d’être le temple de la contrefaçon. Pour les 15 autres prévenus les peines réclamées vont de 10 à 36 mois de prison.

« Jamais de la vie »

Lorsque nous l’avions interrogé à l’ouverture du procès sur les risques de fermeture définitive du marché du Soleil, le patriarche et propriétaire des lieux répondait avec assurance : « Jamais de la vie et je ne vois pas pourquoi je suis là, c’est inadmissible. » La procureure s’est attachée à démontrer que Georges Dahan avait bien sa place dans ce tribunal. « Vous étiez le créateur de ce marché, le patriarche, l’aînée qu’on respecte, qui commande et qui a plein d’idées. Mais l’appât du gain, c’est dangereux. Le chant des sirènes aussi », cingle la magistrate pour qui Georges Dahan a été « le mur porteur » de l’opération de blanchiment. Elle réclame 4 ans de prison avec sursis et l’interdiction de gérer une entreprise mais surtout elle frappe le patriarche au porte-monnaie en demandant « la fermeture judiciaire définitive du marché du Soleil et la confiscation des murs de l’établissement. » Stéphane Ceccaldi, son avocat, a dressé un parallèle avec les dysfonctionnements présumés enregistrés dans le cadre de l’affaire Lyhanna. « Le procureur et la préfète de police ont décidé de se faire le marché du Soleil, pour faire quoi derrière, une opération immobilière ?», interroge le conseil.
« Des bras armés »

Lors de leurs auditions les différents prévenus n’avaient rien vu ni rien entendu sur la contrefaçon qui sévissait de manière endémique depuis le Covid. Pourtant environ 70% des marchandises étaient contrefaites. Pour Anne-Sophie Larrouy, le marché du Soleil était « un monstre nourricier et lucratif ». La magistrate évoque un système où tout le monde a son rôle dans l’opération. « Tout le monde est la pièce d’un puzzle, le patriarche était entouré de “bras armés” qui ont permis la fraude. » Parmi ceux-ci, Leïla Hireche. Elle gérait d’une main de fer le marché. La magistrate ironise « Vous dites que vous luttiez contre la contrefaçon mais que vous n’avez rien pu faire. Mais pourquoi tuer la poule aux œufs d’or ! » Son conseil, Thomas Hugues déplore une enquête à charge « On a fermé la porte à tout contradictoire parce qu’on était pressé par l’aspect politique du dossier. » La procureure réclame 3 ans de prison avec sursis pour la salariée.
Interdiction d’exercer
A l’encontre des trois policiers municipaux jugés pour corruption passive, Anne-Sophie Larrouy a requis de 12 à 15 mois de prison avec sursis et une interdiction définitive d’exercer le métier de policier. « Ils ont donné des informations. Ils ont accepté d’intimider. C’est de la vraie corruption. Mais aujourd’hui, ils n’ont pas peur de vous dire : “Je n’ai rien fait”. C’est extrêmement grave. Quand on porte l’uniforme, on s’engage et c’est aussi pour des valeurs », blâme la procureure. L’agente de préfecture écope des mêmes sanctions.
Amende de 84 millions
Les douanes réclament une amende de 84 millions solidairement contre les prévenus. Cette amende douanière intègre à la fois le préjudice des contrefaçons et les faits de blanchiment reprochés. Les grandes marques, parties civiles dans l’affaire vont aussi demander des millions d’euros. Des sommes gigantesques qui ne correspondent pas aux montants réels encaissés et qui ne pourront évidemment pas être recouvrées.
Clap de fin

Le jugement a été mis en délibéré. Mais l’arrêté préfectoral apposé sur le rideau du Marché du Soleil qui indique : « fermé jusqu’au 2 août 2026 » risque d’être définitivement prolongé. Le marché couvert des bonnes affaires puis de la contrefaçon aura tenu 40 ans.
Reportage Joël BARCY



